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Entête31.01.2010

 

 

 

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Les mots

 

Les mots sont des bulles de savon

Fragiles et tendres

Des papillons

Avec des ailes légères

Il y en a qui sont cuirassés aussi

Ils explosent et laissent des éclats dans la chair

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 19:11

 

 

 

Le chez soi de Déborah ressemble à la caverne d’Ali Baba.

Après le passage d’un ouragan.

Les livres se mêlent aux vêtements, foulards, colifichets, boucles d’oreilles, brosses à cheveux aux couleurs ahurissantes, tubes de crème esthétisantes, bombes parfumées aux mystères jamais élucidés, relevés du percepteur, factures de gaz et lettres d’admirateurs.

La quête d’un objet donne lieu à des séances de fouille, grognements, résolutions inappliquées mémorables. Déborah ne peut être à l’heure à un rendez-vous.

 

Parfois, elle se ménage un chemin au milieu du tas. S’asperge de ses bombes variées. Festival d’odeurs. Enfile une boucle d’oreille. Ne trouve pas la deuxième. Prend une pince à linge. Pince sa deuxième oreille. Trouve que ça fait mal. Oublie de l’enlever. S’endort. Au réveil, ne comprend pas pourquoi son oreille est rouge.

 

Déborah a une affection particulière pour les sacs. Elle a réservé une pièce à leur usage.

Un matin, elle part en patins à roulettes, trainant un diable muni de tendeurs. Elle arrive au supermarché. Elle fait enregistrer son diable comme visiteur autorisé. Elle roule jusqu’au rayon « ménage ». «  Pardon, m’adame, s’cuse, m’sieur ! Attentioooonnnn ! Je paaasse ! » Elle emprisonne une brassée de manches à balais. A son retour,  écrase de la betterave rouge, malaxe des carottes oranges, confectionne du jus de poireau vert, mixe quelques rayons de soleil jaunes, emprisonne des nuages bleus. Teint les manches. Enrôle la perceuse de son copain James. Fixe des crochets à chaque manche à balais, de couleur et de forme assorties aux sacs. Il y en a sur tous les murs. Des murs caméléons.

Les sacs. Ils sont uniques, avec des coloris étranges. A fermetures éclairs, à boutons, à lacet, à crochets, à pression, à agrafes, à points de croix, à points de tige, tissés, au crochet, au tricot, en fibre de bambou. Très chic, le bambou. A lanière, à dos, à rabats. On ne sait pas bien à quoi ils ressemblent.

Ils doivent être uniques.


Les modèles disponibles en magasin sont d’une platitude ennuyeuse.


Elle visite tous les marchands de tissu de la ville voisine et des environs. Elle soulève tout, déplie, soupèse, évalue, lisse, fluidifie, enlace, époussette, lance, retient, déploie, plie, étend, regarde, admire, déteste, estime, jauge, apprécie, considère, goûte, juge. Elle se drape, s'emballe, s'enveloppe, se déballe, s'emmitoufle, se dévêt, s'emmaillote dans les étoffes, jouant au mannequin devant des miroirs imaginaires, prenant la pause à l'affût d’applaudissements qu'elle seule entendrait.

 

Puis elle  appelle les vendeuses :

«  Ce tissu, mademoiselle.

- Combien ?

- Décidez, je ne sais pas encore la forme.

- C’est pour quoi faire ?

- Un sac.

- Mais ce tissu ne sera pas assez solide.

- Ne vous inquiétez pas de cela. Coupez. Un mètre, s’il vous plait.

Et de celui-là. 72 cms.

- Mais mademoiselle …

- 72 cms, je vous dis.

- …

- Et de celui-là.

- Cinquante trois ?

- C'est cela cinquante trois. C'est exactement ce qu'il me faut.

 Déborah visite les forêts alentour.

Elle ramasse des morceaux d’écorces, du lierre, des châtaignes, un scarabée mort, des pierres plates.


Au magasin de bricolage, elle grappille tout. Fil de fer souple à petites mailles, polystyrène, petits carreaux de céramiques, perles, poignées de porte, frises adhésives, pochoirs, anneaux de rideaux, baguettes décoratives, lettres décoratives, petits pinceaux.


Elle redoute de croiser le sac jumeau du sien, se pavanant, accroché à l’épaule d’une charmante jeune femme de la petite ville d’à côté. Peu lui chaut de faire la conversation avec un pantalon identique au sien ou avec un clone de sa veste. Cette idée l’amuse. Elle s’imagine avec ses amies, habillées toutes pareilles, surgir au centre de la petite ville voisine. Riant des badauds.

 

Le sac c’est le fer de lance de sa révolution. Sa griffe. Le signe de sa différence. Le sac doit être unique, incompréhensible, dérangeant.

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commentaires

aimela 04/04/2012 21:49

J'aime bien la révolutionnaire du fil de fer à petites mailles, cela fait chic surtout si Déborah trimbale ses sacs ( lol) Bonne soirée et amitié

l'oeil qui court 06/04/2012 00:36



As-tu déjà entendu le chant du sac barbelé ?