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Entête31.01.2010

 

 

 

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Les mots

 

Les mots sont des bulles de savon

Fragiles et tendres

Des papillons

Avec des ailes légères

Il y en a qui sont cuirassés aussi

Ils explosent et laissent des éclats dans la chair

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 21:02

 

 

 

 

Au bas de la feuille blanche détrempée, il a signé Linou. Il a écrit son nom tout en bas. Selon les conventions. Ce qui ne va pas, c’est la blancheur de la page, légèrement souillée par la neige fondue.

Comme si ce Linou clamait «  Je ne te le dirais pas ».

- Quoi !

- Rien, je ne te dirai rien !

 

Des traces de pas sont arrêtées au bas de la feuille à côté de la signature la laissant à peine deviner. Cela manque d’élégance. Ces deux pas surgis de nulle part. Comme si leur propriétaire avait eu des ailes qui avaient été brutalement coupées.

Et pourtant aucune trace ne repart de la feuille.


Il neige maintenant. Les flocons s’amoncellent. De la branche d’arbre où je suis juchée, j’hésite à me précipiter. J’ai eu beaucoup de mal à grimper. Je ne sais qui a eu l’idée saugrenue de faire un bouquet de cette branche. Le vase me plait. Il est fin et élégant. Mais escalader un vase de verre poli c’est tout de même bien difficile. Je n’ai pas trouvé d’autre observatoire dans ce paysage blanc. Pour comprendre l’énigme des pas, c’était le meilleur moyen.

Faut-il que je dégringole de ma branche noueuse et glisse jusqu’au sol sur le toboggan de verre ?


Je réalise que je ne trouve pas de solution pour sauver l’énigme. Si la neige recouvre la feuille et les traces, il ne sera pas possible de la reconstituer. Je peux prendre la feuille, mais les traces de pas ?


 Une des plus grandes interrogations de l’histoire de l’humanité est en train de disparaitre inéluctablement et je ne peux rien y faire !

 

 

Je regarde longuement les flocons emplir les creux réalisés par les semelles des chaussures, la feuille se cacher sous l’édredon duveteux qui lui envoie le ciel. Une réflexion se fait par petites touches. Les auteurs de la mise en scène qui m’intrigue ne souhaitent pas que je comprenne leur secret. Ils n’ont pas prévu de spectateur curieux. C’est leur volonté de préserver ce secret. La page blanche de la lettre dit cette intimité si proche qu’elle se connait par-delà les mots. Je n’avais rien compris tout à l’heure. C’est un peu comme si j’avais pénétré dans une alcôve. Le rideau se tire.

 

Un voile de rougeur passe sur mon visage, un sentiment de légère indiscrétion. Je me retourne pour descendre de mon arbre en bouquet. Il est temps pour moi de réintégrer le monde des choses simples.


Mon regard rencontre un spectacle tout aussi surprenant que le mystère des pas. Une chaise agite quatre jambes féminines toutes très jolies. De petits escarpins rouges à talon que des doigts de pied coquins agitent ressemblent à autant de dards à mon désir. Je ne cherche plus à comprendre comment je suis arrivé là. Je me laisse envahir du désir que suscitent ces jambes charmantes.


Je renonce à m’approcher, craignant leur disparition brutale. L’apparition d’un homme bourru qui ne verrait rien, s’emparerait du dossier, et poserait la chaise sur ses jambes devenues de vulgaires bâtons de bois. Où bien une meute de chiens se précipitant sur les chaussures dont la morsure dégonflerait les jambes devenues des enveloppes plastiques flasques. Ou encore une volée de petits enfants s’accrochant chacun à une jambe qui se détacherait de la chaise pour s’éloigner en compagnie du petit.


Je me carre dans l’arbre et attend. Longtemps. Arrêt sur image. La scène est figée. Je sens mon dos commencer à me tirailler. Je me retiens de bouger, de dire, de grogner, de descendre, de tomber.


Alors n’y tenant plus je houspille :

- Eh là haut, faudrait bouger un peu ! 

Un temps suspendu.


- Que vous arrive-t-il, Monsieur Archambaut. Vous êtes plus cordiale d’habitude !

Un instant, je vois les jambes s’agiter. Des bouches rouges, délicieuses, s’y sont incrustées et pépient en ma direction.

- Vous êtes tout de travers, Monsieur Archambaut. Vous allez vous faire mal au dos. Mes yeux s’ouvrent. Ils tombent sur le charmant sabot de Mélanie et surtout  s’arrêtent à son coup de pied, explore le galbe de sa cheville.

- Monsieur Archambaut, gronde-t-elle un rire dans la voix. Aidez-moi. Sinon, c’est moi qui vais avoir le dos en compote.

 


Un rayon de soleil qui vaut bien la fonte de toutes les neiges.

 

 

 

 

La-signature-au-bas-de-la-p

 

 


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Published by l'oeil qui court - dans Nouvelles et histoires
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