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Entête31.01.2010

 

 

 

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Les mots

 

Les mots sont des bulles de savon

Fragiles et tendres

Des papillons

Avec des ailes légères

Il y en a qui sont cuirassés aussi

Ils explosent et laissent des éclats dans la chair

compteur pour blog

7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 04:50

 

 

 

 



Le genre humain, menacé

 

 


Michel Rocard,
Ancien premier ministre
Dominique Bourg,

Professeur à la faculté des géosciences et de l'environnement de l'université de Lausanne, membre du Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot
Floran Augagneur,

Philosophe, il enseigne la philosophie de l'écologie à l'Institut d'études politiques de Paris

 

Le Monde.fr

Une information fondamentale publiée par l'Agence internationale de l'énergie

(AIE) est passée totalement inaperçue : le pic pétrolier s'est produit en 2006.

Alors que la demande mondiale continuera à croître avec la montée en

puissance des pays émergents (Chine, Inde et Brésil), la production de pétrole

conventionnel va connaître un déclin inexorable après avoir plafonné. La crise économique masque pour l'heure cette réalité.
Mais elle obérera tout retour de la croissance. La remontée des coûts

d'exploration-production fera naître des tensions extrêmement vives.

L'exploitation du charbon et des réserves fossiles non conventionnelles

exigera des investissements lourds et progressifs qui ne permettront guère

de desserrer l'étau des prix à un horizon de temps proche. Les prix de

l'énergie ne peuvent ainsi que s'affoler.


Le silence et l'ignorance d'une grande partie de la classe politique sur ce sujet

ne sont guère plus rassurants. Et cela sans tenir compte du fait que nous aurons relâché et continuerons à dissiper dans l'atmosphère le dioxyde de

carbone stocké pendant des millénaires... Chocs pétroliers à répétition

 jusqu'à l'effondrement et péril climatique. Voilà donc ce que nous préparent les tenants des stratégies de l'aveuglement. La catastrophe de Fukushima

alourdira encore la donne énergétique.


De telles remarques génèrent souvent de grands malentendus. Les objections diagnostiquent et dénoncent aussitôt les prophètes de malheur comme le

symptôme d'une société sur le déclin, qui ne croit plus au progrès. Ces

stratégies de l'aveuglement sont absurdes. Affirmer que notre époque

est caractérisée par une "épistémophobie" ou la recherche du risque zéro

est une grave erreur d'analyse, elle éclipse derrière des réactions aux

processus d'adaptation la cause du bouleversement.

 

 

 

Ce qui change radicalement la donne, c'est que notre vulnérabilité est

désormais issue de l'incroyable étendue de notre puissance.

L'"indisponible" à l'action des hommes, le tiers intouchable, est 

désormais modifiable, soit par l'action collective(nos consommations

cumulées) soit par un individu isolé ("biohackers"). Nos démocraties se

retrouvent démunies face à deux aspects de ce que nous avons

rendu disponible : l'atteinte aux mécanismes régulateurs de la biosphère

et aux substrats biologiques de la condition humaine.
Cette situation fait apparaître "le spectre menaçant de la tyrannie" évoqué

par le philosophe allemand Hans Jonas. Parce que nos démocraties

n'auront pas été capables de se prémunir de leurs propres excès, elles

risquent de basculer dans l'état d'exception et de céder aux dérives

totalitaristes.


Prenons l'exemple de la controverse climatique. Comme le démontre la

comparaison entre les études de l'historienne des sciences Naomi Oreskes 

avec celles du politologue Jules Boykoff, les évolutions du système

médiatique jouent dans cette affaire un rôle majeur. Alors que la

 

première ne répertoria aucune contestation directe de l'origine

anthropique du réchauffement climatique dans les revues

scientifiques peer reviewed ("à comité de lecture"), le second a

constaté sur la période étudiée que 53 % des articles grand public

de la presse américaine mettaient en doute les conclusions scientifiques.
Ce décalage s'explique par le remplacement du souci d'une information

rigoureuse par une volonté de flatter le goût du spectacle. Les sujets

scientifiques complexes sont traités de façon simpliste (pour ou contre).

Ceci explique en partie les résultats de l'étude de l'Agence de

l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) pilotée par Daniel

 Boy sur les représentations sociales de l'effet de serre démontrant un sérieux décrochage du pourcentage de Français attribuant le dérèglement

climatique aux activités humaines (65 % en 2010, contre 81 % en 2009).

Ces dérives qui engendrent doute et scepticisme au sein de la population

 permettent aux dirigeants actuels, dont le manque de connaissance

scientifique est alarmant, de justifier leur inaction.

 


Le sommet de Cancun a sauvé le processus de négociation en réussissant en

outre à y intégrer les grands pays émergents. Mais des accords contraignants

à la hauteur de l'objectif des seconds sont encore loin. S'il en est ainsi, c'est

parce que les dirigeants de la planète (à l'exception notable de quelques-uns)

ont décidé de nier les conclusions scientifiques pour se décharger de

l'ampleur des responsabilités en jeu. Comment pourraient-ils à la fois croire

en la catastrophe et ne rien faire, ou si peu, pour l'éviter ?
Enfermée dans le court terme des échéances électorales et dans le temps

médiatique, la politique s'est peu à peu transformée en gestion des affaires

courantes. Elle est devenue incapable de penser le temps long. Or la crise

écologique renverse une perception du progrès où le temps joue en notre

faveur. Parce que nous créons les moyens de l'appauvrissement de la vie

sur terre et que nous nions la possibilité de la catastrophe, nous rendons

celle-ci crédible.
Il est impossible de connaître le point de basculement définitif vers

l'improbable; en revanche, il est certain que le risque de le dépasser est

inversement proportionnel à la rapidité de notre réaction. Nous ne pouvons

attendre et tergiverser sur la controverse climatique jusqu'au point de

basculement, le moment où la multiplication des désastres naturels dissipera

ce qu'il reste de doute. Il sera alors trop tard. Lorsque les océans se seront

réchauffés, nous n'aurons aucun moyen de les refroidir.


La démocratie sera la première victime de l'altération des conditions

universelles d'existence que nous sommes en train de programmer. Les

catastrophes écologiques qui se préparent à l'échelle mondiale dans un

contexte de croissance démographique, les inégalités dues à la rareté locale

de l'eau, la fin de l'énergie bon marché, la raréfaction de nombre de minéraux, la dégradation de la biodiversité, l'érosion et la dégradation des sols, les

événements climatiques extrêmes... produiront les pires inégalités entre ceux

qui auront les moyens de s'en protéger, pour un temps, et ceux qui les subiront.

Elles ébranleront les équilibres géopolitiques et seront sources de conflits.
L'ampleur des catastrophes sociales qu'elles risquent d'engendrer a, par le

passé, conduit à la disparition de sociétés entières. C'est, hélas, une réalité

historique objective. A cela s'ajoutera le fait que des nouvelles technologies

de plus en plus facilement accessibles fourniront des armes de destruction

massive à la portée de toutes les bourses et des esprits les plus tourmentés.
Lorsque l'effondrement de l'espèce apparaîtra comme une possibilité

envisageable, l'urgence n'aura que faire de nos processus, lents et complexes,

de délibération. Pris de panique, l'Occident transgressera ses valeurs de liberté

et de justice. Pour s'être heurtées aux limites physiques, les sociétés seront

livrées à la violence des hommes. Nul ne peut contester a priori le risque

que les démocraties cèdent sous de telles menaces.
Le stade ultime sera l'autodestruction de l'existence humaine, soit

physiquement, soit par l'altération biologique. Le processus de

convergence des nouvelles technologies donnera à l'individu

un pouvoir monstrueux capable de faire naître des sous-espèces. C'est

l'unité du genre humain qui sera atteinte. Il ne s'agit

               guère de l'avenir, il s'agit du présent. Le cyborg n'est déjà plus une figure 

de style cinématographique, mais une réalité de laboratoire, puisqu'il

est devenu possible, grâce à des fonds publics, d'associer des cellules

neuronales humaines à des dispositifs artificiels.

 


L'idéologie du progrès a mal tourné. Les inégalités planétaires

actuelles auraient fait rougir de honte les concepteurs du projet moderne,

Bacon, Descartes ou Hegel. A l'époque des Lumières, il n'existait aucune

région du monde, en dehors des peuples vernaculaires, où la richesse

moyenne par habitant aurait été le double d'une autre. Aujourd'hui, le ratio

atteint 1 à 428 (entre le Zimbabwe et le Qatar).

 


Les échecs répétés des conférences de l'ONU montrent bien que nous sommes

loin d'unir les nations contre la menace et de dépasser les intérêts immédiats et égoïstes des Etats comme des individus. Les enjeux, tant pour la gouvernance internationale et nationale que pour l'avenir macroéconomique, sont de nous

libérer du culte de la compétitivité, de la croissance qui nous ronge et de la civilisation de la pauvreté dans le gaspillage.

 

 

Le nouveau paradigme doit émerger. Les outils conceptuels sont présents, que

ce soit dans les précieux travaux du Britannique Tim Jackson ou dans ceux de

la Prix Nobel d'économie 2009, l'Américaine Elinor Ostrom, ainsi que dans

diverses initiatives de la société civile.
Nos démocraties doivent se restructurer, démocratiser la culture scientifique et maîtriser l'immédiateté qui contredit la prise en compte du temps long. Nous

pouvons encore transformer la menace en promesse désirable et crédible. Mais

si nous n'agissons pas promptement, c'est à la barbarie que nous sommes

certains de nous exposer.
Pour cette raison, répondre à la crise écologique est un devoir moral absolu.

Les ennemis de la démocratie sont ceux qui remettent à plus tard les réponses

aux enjeux et défis de l'écologie.


Michel Rocard,
Ancien premier ministre
Dominique Bourg,

Professeur à la faculté des géosciences et de l'environnement de l'université de Lausanne, membre du Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot
Floran Augagneur,

Philosophe, il enseigne la philosophie de l'écologie à l'Institut d'études politiques de Paris

 

 

Le Monde.fr


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Published by l'oeil qui court - dans Questions humaines et sociales
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commentaires

Armide+Pistol 07/05/2011 18:21


On dirait que subitement le filet s'est retourné sur nos certitudes inébranlables : crises financières,climat détraqué, réserves naturelles épuisées, guerres à venir. Faut faire ses prières, au
lieu de faire des enfants !


Snow 07/05/2011 07:26


Michel Rocard, sous Mitterand.. bien sûr! Il a tout fait pour que les Verts ne prennent pas de pouvoir....
Justement, ceux qui sont au pouvoir on tout fait pour favoriser les pétrolières et tuer dans l'oeuf toutes autres découvertes alternatives et ce, depuis des décennies.