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Entête31.01.2010

 

 

 

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Les mots

 

Les mots sont des bulles de savon

Fragiles et tendres

Des papillons

Avec des ailes légères

Il y en a qui sont cuirassés aussi

Ils explosent et laissent des éclats dans la chair

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 09:17

 

 

 

 

 

 

 

 

Papa est parti à la pharmacie chercher des médicaments.

 

Mon petit frère tousse.

Il a de la fièvre.

Le docteur est venu.

 


Après,

papa va venir me chercher au cours de musique.

Je joue de la flûte.

 

 

 

La prof, elle s’habille avec de drôles de vêtements.

  Elle est sévère pour les doigts.


  Mais j’aime bien.

 

Le cours se termine.

Je sors de la salle de musique.

 

 

 

 


Pourquoi papa n’est-il pas là aujourd’hui ?

 

 

 

 

Je m’habille. J’attends.

 

Je vois chaque élève partir.

Mes copines me font une bise.

 


« Il est pas là, ton papa ?

 


Je voudrais bien rester avec toi.

Mais maman me dit de pas trainer après le cours.

Je dois rentrer. »

 

 

 

 

  La prof sort à son tour de la salle.

Elle a fini de ranger.

 

« Qu’est-ce que tu fais encore là, Hélène ? »


              - Papa n’est pas arrivé, Mademoiselle.

                Je l’attends. »


              - Hélène, il va falloir que tu l’attendes dans la rue.

                Ce soir, je suis pressée. Je ne peux rester avec toi.

                Je dois fermer l’école. »

 

Mademoiselle est toujours pressée.

Elle rejoint son amoureux après le cours.


 

 

 

Je sors.

 

Bientôt, il fera nuit sur le trottoir.

Il a neigé un peu.

Ce matin, c'était tout blanc quand je me suis levée.

Et il a encore neigé un peu tout à l’heure.

Maintenant, il fait froid.

Des petites étoiles brillantes s’allument sur le trottoir.

J’ai oublié mes gants.

Mes doigts commencent à durcir.

 

 

 

 

J’aimerais bien rentrer.

Mais le cours est trop loin de ma maison.

Je ne connais pas le chemin.

C’est pour ça que mon papa vient me chercher.

 

Je regarde la vitrine à côté de l’école de musique.

Il y a des tasses avec des dessins de Bugs Bunny

Et puis de Mickey.

Il y des bombes,

Plein de bombes.

Contre les insectes et les mauvaises odeurs.

 

Elle n’est pas très intéressante cette vitrine.

Il n'y a pas de chocolat chaud dans les tasses pour me réchauffer.

 

 

 


Je me demande ce qu’il fait mon papa.

Il est toujours à l’heure.

 

 


 

Quand il vient,

Papa se met toujours en double file.

Alors les gens klaxonnent.

J’aime pas ça, c’est à cause de moi

Tout ce dérangement.

 

 

 


Un monsieur entre dans la boulangerie, en face.

J’ai faim.

J'ai pas mangé mon goûter.

Je le prends toujours à la maison.

Et puis, je commence à avoir vraiment froid maintenant.

Mes doigts me font mal.

 

 

 

 

 

J’ai une petite envie de pleurer.

J’ai peur.

 

Mes yeux coulent tout seul.

Je veux pas qu'on voit que je pleure.

 

 

 

 


Pourquoi papa n'est-il pas encore là ?

 

 

 

Son papa ne viendra pas la chercher.

Il est kurde.

L’asile politique, accordé à son frère, lui a été refusé.

Ce 20 novembre 2010,

 il a été arrêté sur le chemin de l’école de musique de Poitiers

placé en Centre de Rétention Administrative

à 300 kms de sa famille.

Il est orphelin.

Dans les pays de l’Est, où la France cherche à le renvoyer,

Il est exposé à la discrimination.

 

 

 

 

Vous souhaitez vous informer :

 

Réseau Education sans Frontières (RESF)

 

 

 

 

 

 

 

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Published by l'oeil qui court - dans Regard poétique
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commentaires

Lenaïg Boudig 11/03/2011 21:48


Pauvre gamine, dont tu nous fais partager les pensées et les angoisses. Merci pour le lien.


l'oeil qui court 12/03/2011 21:02



Oui, y'a des gens qui ont une vie qu'on imagine pas possible.


Et c'est chez nous.



gi 03/03/2011 11:18


Cette histoire et bien d'autres, nous la connaissons dans notre ville.... Mon époux apprend le Français à un couple de sans papiers. Ils ont deux enfants. Il y a deux ou trois ans, il est arrivé la
même histoire à leur petit garçon... sauf que la Halte garderie a pris ses responsabilités ! et que plein de personnes sont allés chercher le papa au centre de rétention. Mais leur histoire
continue chaque jour... et notre nouveau ministre de l'intérieur prend le même chemin que son prédécesseur.


Oxygene 14/01/2011 10:20


Terrible texte... J'ai senti l'angoisse monter au fur et à mesure de ma lecture comme elle devait monter dans le coeur de l'enfant...
PS : je venais te lire pour répondre à ton gentil com sur mon article humoristique. Je repars le coeur lourd...


Quichottine 03/12/2010 03:57


...














































Pas de mot.


Pénéloop 02/12/2010 23:29


Moi aussi,
froid dans le dos
c'est exactement ce que je pensais...

Que dire, sinon,
j'aime beaucoup les mots que tu as choisi...

Loop