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Entête31.01.2010

 

 

 

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Les mots

 

Les mots sont des bulles de savon

Fragiles et tendres

Des papillons

Avec des ailes légères

Il y en a qui sont cuirassés aussi

Ils explosent et laissent des éclats dans la chair

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 20:56

 

 

Le début 

 

 

 

«  Dis l’Odette, t’as nulle part où aller ?

- Ben pardi !

- Tu sais faire la couture ?

- Comme toute femme qu’a eu une mère.

- Bon je te prête la cabane tant que t’en a besoin. Tu pourras ranger un peu dedans, histoire d’avoir de la place. Demain j’attèlerai la charrette au vélo pour récupérer un ou deux sacs qu’ont pas besoin d’être là  l’hiver. J’y viens tous les week-ends le matin. Même si y’a rien à faire. C’est une question d’air.

- La vie te le revaudra Laurent.

- Bof, ça on verra. En attendant, si tu veux me ravauder quelques affaires, ça me serait bien utile. Et puis, j’ai l’un ou l’autre copain qui sont seuls. Ils ont aussi quelques nippes à rapiécer contre une pièce.

Elle le regarde. On lirait comme un étonnement bourru dans son regard.

«  J’ai jamais trop aimé les travaux de femme. Mais là je vais pas me faire prier.

 

Cela fait trois semaines que Laurent retrouve chaque week-end l’Odette. Elle a ravaudé toutes ses affaires. Elle sait faire, même sans plaisir.

Ils parlent peu. Il a pas demandé d’explications sur sa vie. Chacun est maître chez soi.

 Il arrive ce samedi là, tout guilleret avec sa thermos et ses croissants. La porte est restée fermée.

Il se dirige rapidement vers la baraque.


Elle était réveillée les autres jours.

 

Il ouvre doucement la porte.

Elle n’est pas là. Plus de trace d’elle.

 

En levant les yeux, il voit que la fenêtre est cachée par un rideau. Dessus, elle a brodé un gros cœur maladroit. Et attaché avec une épingle un morceau de papier. Il déchiffre.

 « Je pars. J’aime pas de dépendre. Je repasserai te voir. Merci. »

Ses yeux s’humidifient. Depuis l’école, aucune fille n’a dessiné de cœur pour lui. Il trouve ça un peu godiche. Est gêné. Mais il sait que quoiqu’il arrive, le rideau restera à sa place.


Il entend :

« Eh Laurent, tu croupis ? »

Il referme prestement la porte sur le rideau.

« Salut l’Ernest, tu vas chez l’Emile ? »

 

 

 

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Published by l'oeil qui court - dans Nouvelles et histoires
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commentaires

NOG 22/02/2011 17:07


Marrant : En fait j'ai lu cette page avant de lire la précédente, en remontant naturellement les articles du plus récent au plus anciens. Pour moi, on peut supprimer la page précédente. Celle-ci se
tient très bien toute seule. Elle se suffit amplement à elle même. Je dirais que lire la précédente m'a finalement privé d'une partie de ce que j'imaginais à n'avoir lu que celle-ci. Là, juste avec
cette page, les personnages sont suffisamment fort, la situation très clair : elle est en galère, il lui prête un lieu où s'échouer, ils se respectent, vivent côte à côte, elle se sent dépendante,
elle s'en va, il reste seul.

C'est beau. C'est très fort. Et avec cette simple page le récit gagne en force. Pour ma pomme hein, juste un petit avis perso qui n'enlève rien au travail accomplit. Mais j'ai ressenti beaucoup
plus d'émotions à ne pas avoir trop d'indications concernant les personnages, leur tissu social.

A lire la première partie les personnages se sont éloignés de moi. J'y reste sensible, là n'est pas la question, mais le rapprochement lecteur/personnage devient plus difficile. Je ne parle pas là
d'une identification, mais d'un simple rapprochement, qui fait que le lecteur peut soit s'identifier à l'un des personnage, soit à la situation, soit voir là dedans des événements proches de son
vécu ou de de son environnement.

C'est un peu le graphiste qui cause là, j'admet. Mais si Tintin a eu par exemple, et a toujours, le succès quasi planétaire qu'on lui connait, c'est bien parce que dans le fond le personnage est
des plus flou : sa tête ne tien qu'à un simple rond, son métier de reporter n'est jamais lié à aucun journal, ni même à l'outillage classique du reproter (carnet, appareil photo…). Il permet à
chaque lecteur de se reconnaître en lui. Pareil pour un logo dans le fond, plus c'est simple, plus ça parle. Je crois qu'en écriture c'est pareil.

Les dialogues, le vocabulaire sont suffisamment bien choisis pour donner une couleur, une teinte, une ambiance au récit qui m'a beaucoup séduit, tout en laissant une marge à l'imaginaire, au vécu
du lecteur.

Si j'avais à mettre des images là dessus, à tenter de faire une petite BD toute en finesse (peut être un jour), je ne garderai que la deuxième partie.

Allez, à titre d'exemple, un petit texte de m'sieur Hemingway, le récit le plus court qui soit, et qui en dit très très long :

"A vendre : Chaussons de bébés, jamais portés."

Le grand Will Eisner l'a illustré en BD. 3 cases terriblement efficaces ou dans une ambiance très sombre une femme voutée mais dont on ne peut fixer l'âge entre dans un magasin semble-t-il avec un
petit paquet à la main, en sort en case deux sans le paquet, et on voit en case trois la vitrine lumineuse (contrastant fortement avec le noir des deux premières cases) du mont de piété et en
vitrine les petits chaussons avec le panneau et le texte…

Voilà. J'ai critiqué. Mais à lire en premier cette seconde partie, j'ai vraiment ressenti quelque chose de fort. L'ambiance y est, tout y est, surtout la place pour l'imagination du lecteur. Peut
être du coup faudrait-il retoucher un mot ou deux ici ou là, mais c'est pas bien certain, en tout cas : pas la peine d'en rajouter.

Merci à toi pour ce récit. "J'a eu de l'émotion" comme qui dirait. Merci.


l'oeil qui court 23/02/2011 16:47



Salut Nog,


Je te remercie d'être venue te promener par ici. Ton commentaire me touche beaucoup.


Je comprends ce que tu veux dire. Je ne vais jamais voir un film correspendant à un livre que j'ai lu. Pour que mes rêves ne s'effrittent pas sur ceux du metteur en scène et ne se heurte pas à la
matérialité des acteurs.


J'ai relu mon texte. La dernière partie forme un tout. Je suis d'accord.


Cependant, je n'ai pas décidé de supprimer les deux autres articles. Ils sont construits dans une progression. Chacun apporte quelque chose et ouvre sur des mondes imaginaires qui se complètent.


Mais je comprends que, prenant le récit à rebrousse poil, il se soit vengé . J'ai d'ailleurs inversé l'ordre des
articles. Puisque c'est logique d'arriver par l'article le plus récent.


Je ne suis pas sûre d'avoir raison.  Je m'appuie sur la relecture que j'ai faite et sur les commentaires que j'ai reçus au fur et à mesure.


Encore une fois, je te remercie de tes explications illustrées de façon pratique et claire.


A bientôt.



Snow 20/02/2011 06:18


La sensibilité dans tous ses états du coeur. L'oeil qui court de feuille en feuille se régale. Merci Marie.. Ciao!


l'oeil qui court 23/02/2011 14:12







Tricôtine 19/02/2011 18:40


j'aime beaucoup ce récit !! bien "ravaudé" le coeur du Laurent ! ça transpire de timidité et de sensibilité sous des dehors bourrus !! merci bon week end !


l'oeil qui court 23/02/2011 13:43



Pssstt ! Tricôtine, je le dis à toi comme ça. Il y aura une autre histoire samedi. En quatre épisodes. Surtout ne le raconte à personne.



Marieluce 18/02/2011 17:06


Un coeur gros comme çà ! ya pas bien souvent ...
J'ai aimé ton histoire.


l'oeil qui court 19/02/2011 07:58



Merci.



Monelle 18/02/2011 16:15


J'avais raté le début, mais j'ai tout lu et c'est unee bien belle histoire, eux aussi ont un grand coeur !
Bisous
Monelle


l'oeil qui court 19/02/2011 07:58



Bonjour Monelle. Ton passage me fait toujours plaisir