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Entête31.01.2010

 

 

 

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.

Les mots

 

Les mots sont des bulles de savon

Fragiles et tendres

Des papillons

Avec des ailes légères

Il y en a qui sont cuirassés aussi

Ils explosent et laissent des éclats dans la chair

compteur pour blog

8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 08:17

 

 

 

 

 

Qui-poudre.jpg

 

 

 

 

 

 

Il fait nuit noire au verger. Une atmosphère particulière m’enveloppe. Le village est en effervescence depuis trois jours. Les feuilles des arbres fruitiers ont des reflets bleutés. Comme si une poudre chatoyante s’était déposée sur elles.  De mémoire de villageois, on n’avait jamais entendu parler d’un tel phénomène. Cela avait commencé par le nord- ouest du village. Les maisons les plus en hauteur sur la colline. Et puis c’était descendu vers la source, là où les prairies ont pris le relais de la vigne. Cela se rapprochait progressivement du centre. Près de chez moi.

 

Les vieilles commères parlent de sorcières, certains d’empoisonnement, le curé de malédiction… L’autre moitié du village s’énerve : les fruits des arbres bleus disparaissent.

Le conseil municipal a été réuni en urgence. Cela fait deux jours qu’il siège durant l’après-midi entière jusque tard dans la nuit. Les élus arborent des airs graves. Font ceux qui détiennent des informations importantes. Ils sont, en fait, perplexes.

Ils vont faire analyser le bleu, chuchotent les rues du village. « Pourvu que cela ne grève pas le budget de la commune, cette histoire, a dit Monsieur le maire », entend-on répéter de fenêtres en portes.

 

Et si je surprenais le malicieux auteur de cette farce amusante ?


Je m’installe dans mon sac de couchage dans le jardin, écoute chanter la nuit. Le monde alentour me pénètre. Je le laisse s’installer dans les moindres recoins de mon corps. Détendue, je ne tarde pas à m’endormir. Les coups de six heures du matin égrenés par le clocher voisin marquent mon réveil. J’ouvre les yeux sur un ciel rayonnant, me hisse sur un coude, m’extirpe brutalement de mon sac de couchage, me précipite sur mon pécher. Les feuilles sont vertes. Tous les fruits sont là. J’hésite entre déception – ils ne sont pas venus – et soulagement – je ne les ai pas ratés.


Je jette sur mon visage un peu d’eau de pluie recueillie dans un seau. Et me précipite dans les rues du village. Le bourg est à demi éveillé.

Les uns pliés en deux, passent la binette entre les rangs de carottes et de poireaux.

_ Bonjour, Madame Micouli. Vos arbres, y sont comment ? 

_ Y’a rien ma p’tite ! »

Les autres attachent leurs volets.

_ Bonjour le Père Jean ! Alors vos arbres, y sont bleus ? 

_ Comment veux-tu que j’le sache ? Tu vois ben que j’sors du lit !  T’as du nouveau ? _ Encor’ rien le Père Jean ! 

 

Une longue file s’est formée devant la boulangerie. Chacun vient glaner les dernières informations. Les supputations vont bon train. Mais il faut bien se résoudre à l’inacceptable, il ne s’est rien passé cette nuit.


Je m’en vais par les rues du village, frottant les semelles de mes chaussures au sol dans un mouvement de déception et de protestation. Je suis à l’unisson du village. La journée sera de mauvaise humeur.

 

 

 


 

…Le silence des humains s’est posé sur la campagne. Les bruits légers de la nuit m’entourent. Mon attention est aiguisée poussée vers la réception de chaque son, murmure, craquement.


 J’aime regarder les étoiles, inventer des constellations inédites en prenant un morceau de l’une que j’associe à l’autre, leur donner des noms rêveurs. Tandis que l’une d’elle me fait hardiment moult clins d’œil, j’entends un chuchotement furtif, suivi d’un rire à peine perceptible. Je scrute vivement les ombres des feuilles, écoute le bruissement des arbres, cherche plus loin dans la prairie qui monte à la forêt.


Je marche à pas coulés, jette de longs regards de tous côtés. La lune montante éclaire le jardin. Pourtant je ne vois rien. Je m’arrête en haut du terrain et contemple les lumières de la plaine, sous moi. Je devine la silhouette de la colline qui forme l’horizon  par-delà les vergers, les forêts et les champs. L’ondoiement des graminées proches murmure. Le rire léger frôle mon oreille, presqu’espiègle. L’impression d’une caresse fugace sur ma joue. Je tourne la tête en tout sens. En vain. Je m’assieds au milieu de la colline, au-dessus du pêcher que je surveille. Le rire est là, enfantin, gai, puis câlin. Un froufroutement d’ailes. Une caresse douce.

 

_ Viens ! Suis-moi ! 

 

 

Je scrute la nuit claire. Ne vois rien. Lève les yeux vers les constellations qui me regardent d’un air scintillant. La vue du ciel et de son semis d’étoiles apaise la chamade qui bouscule mon cœur. La voûte infinie de l’univers veille, immuable, et me donne quelque assurance. Mon regard effleure les arbres. Un tiers du pêcher est vidé de ses fruits. Curieusement, j’en suis heureuse. Comme si ce qui devait arriver était. Et que c’était bien ainsi. Je suis apaisée.

 

 

 

  _ Viens ! Suis-moi ! 


  J’écoute attentivement la voix. Je découvre son  

 timbre, sa beauté.

  _ N'’ai pas peur ! Suis-moi ! 

  Je me lève et me laisse guider par… l’indicible.  

 Je ne sais ce qui m’indique le chemin. Mais je

 connais le chemin que je dois suivre.


  Dans la prairie, je vois scintiller un amas blanc, léger.

_ Prends-les, s’il te plait. C’est plus facile pour toi. Ensuite, nous irons au pêcher.

 Je me penche et prends plusieurs filets blancs qui luisent. Ils me collent aux mains. Je ne sais comment les détacher.

Le joli rire cristallin et espiègle retentit.

_  Oh ! Excuse-moi. J’ai oublié de te saupoudrer de bleu. Les araignées ne savent pas tisser sans glu. La poudre permet de ne pas y être sensible. Donne-moi tes mains. »

Je regarde, désolée, les filets encollés les uns aux autres.

_  Ne t’inquiète pas, un peu de bleu, le travail de quelques pattes agiles,  il n’y paraitra plus. Viens au pêcher, maintenant. Il est temps.

 

Le tas des pêches volées a été soigneusement déposé au sol. Il attend que j’emplisse les filets et que je les transporte.

 

 

 

 

…Nous débouchons de la forêt. Je suis en présence d’un magnifique vaisseau tissé de feuilles. Elles sont reliées les unes aux autres par la queue. Disposées à l’oblique pour capter le plus possible les rayons solaires, elles vibrent. Entre chacune d’elle, une lame d’air. Pour les ventiler. Eviter la surchauffe. Elles sont régulièrement aspergées par des lamas qui maintiennent une humidité constante, nécessaire à leur souplesse. C’est le gage de leur portée sur l’air. Je vois également deux hélices à l’arrière. En m’approchant, je découvre deux paons, confortablement installés sur des coussins de foin. Ils assureront la direction du vaisseau.

 

_ Viens, me dit la voix, viens, tu auras le temps plus tard.

 

Elle me demande de renverser le filet de pêches au sol.

_ Je l’ai transporté pourquoi ?

_ Les pêches nous servent de cailloux de Poucet. Nous sommes le premier vaisseau à partir. Ici, ce sera toujours le point de départ et le centre de construction des vaisseaux. Les indications sont déposées au fond d’une cavité pierreuse à proximité. Les pêches vont laissées leur noyaux qui seront autant d’indices pour ceux qui partiront après nous.

_ Vous partez ? Dans ce…  ce…

_ Oui.

_ Mais ce n’est pas assez solide ! Cela va se déchirer tout de suite !

_ Tu peux faire confiance à nos concepteurs. Ce sont des génies. Ils ne se sont pas trompés. Ils ont testé notre embarcation dans les pires conditions : ils ont orchestré quelques tempêtes qui ont donné des cheveux blancs aux météorologues humains qui n’y comprenaient goutte.

_ C’est qui vos concepteurs ?

_ Les dauphins. Je crois que les humains n’ont qu’une faible idée de leurs capacités. Ils sont discrets. Ils ont patiemment étudié la remarquable mécanique du monde. Ils ont cherché à connaitre et à comprendre modestement son fonctionnement, sans intervenir. Leurs études les avaient amenés à comprendre qu’une modification de variables, même si elle semblait insignifiante, pouvait avoir des répercussions graves qu’ils ne contrôleraient pas. Leur admiration pour l’ensemble du fonctionnement de la vie les a laissés extrêmement prudents.

_ Pourquoi partez-vous ?

_ A la recherche de notre deuxième planète. La vie va presque disparaitre sur celle-ci. Celle qui restera sera fondamentalement transformée par toutes les nouvelles composantes chimiques lancées dans son atmosphère et injectées dans le sol par les hommes. Nous souhaitons garder intacte une lignée qui évoluera en parallèle là où nous trouverons un lieu propice à notre installation.

_ Mais pourquoi je suis là ?

Nous avons cherché un exemplaire de la race humaine que nous puissions intégrer au vaisseau. L’élément humain fait partie de l’ensemble de la vie et doit y figurer. Nous avons longuement hésité avant de nous résoudre à cette conclusion. Il a fait tellement de dégâts. Il est tellement porteur de destruction. Mais toutes nos recherches ont abouti à la même conclusion : un seul élément manquant et l’équilibre ne pourra être reconstruit.

 

Je regarde le sol, détaille les brins d’herbe. Je suis dans une grande gêne. Être le représentant de ces humains n’est pas facile dans ces circonstances. J’aimerais tellement avoir quelque chose d’utile à faire qui m’occupe la tête et prenne la place du brouillard qu’a créé en moi la voix.

 

_ Cela fait longtemps que nous préparons ce voyage. Nous observons les humains. Avons sélectionné ceux qui protègent la vie. Ainsi, tu as restauré une prairie naturelle, un peu en catimini, en glanant à droite à gauche des informations. Tu observes, tu réfléchis, tu interroges, tu mets en cause, toujours animée par le doute, sans jamais être sûre de savoir, toujours prête à modifier les choix et à apprendre.

 

_ C’est vrai tout ça. Mais cela me gêne que tu en parles comme ça.

 

Ta relation au monde de la vie est devenue de plus en plus proche, de plus en plus attentive. Tu tentes de nous comprendre. Tu te réjouis quand tu découvre un nouvel arrivant dans ta prairie. Les habitants de ton terrain l’ont compris. Ils s’y sentent en sécurité. Ils nous ont appelés pour nous signaler ton action. Nous t’observons depuis longtemps. C’est pour cela que nous t’avons choisie.

 

Es-tu es d’accord pour partager notre voyage ?

 

 

  

 

 

Nouvelle concourant pour les Histoires buissonnières de Patrimoine, ici

 


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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 06:00

 

 

Là-haut, où le terrain prend fin, à la lisière de la forêt de châtaigniers, elle a établi son nid avec son compagnon. Où exactement, je ne sais pas. Mais je les entends souvent dans le laurier cerise qui marque le début des bois.

 

 

 

Merle.jpg

 


Le merle se fait remarquer. On peut même dire qu’il peut être tapageur quand, gouaillant à tout va, il prend son envol dans un tumulte vocal qui ne passe pas inaperçu. Est-ce l’oiseau le plus mal élevé du coin ? Je pense que oui, puisqu’actuellement, il n’y a pas de pies pour lui faire concurrence.


 S’il peut réveiller la torpeur de la prairie, jouant les m’a-tu-vus en interrompant l’harmonie du chant des autres habitants des arbres, il est également capable de ravir nos oreilles de son chant. Et nous voila tout étonnés de croiser le même oiseau qui hier jouait les importuns désagréables, qui aujourd’hui  nous convie à un concert de qualité exceptionnelle.

 



... Le voila au sol.


Il est descendu du faîte du toit d’où il régale les environs de ses mélodies pour retourner anarchiquement les feuilles  qui jonchent le parterre sous le cerisier. Il picore de ci de là comme pour jouer. Il est difficile de le prendre au sérieux. Il fait du bruit, fait voler les feuilles autour de lui, démonstratif, un rien persifleur. Pourtant, son art consiste à mettre à jour la pitance qui se cache sous les feuilles. Il ne joue pas, il chasse. En tapotant le sol, il fait monter les vers de terre qu’il gobe goulument. Dans le compost naissant des feuilles mortes, il recherche limaces et escargots. Il ne dédaigne pas les araignées.

C’est surtout en automne et en hiver qu’il gobe les baies sauvages, quand ses proies se font rares. A sa façon désordonnée et maladroite, il se nourrit ainsi que ses petits.


Les jeunes pousses de semis l’intéressent vivement. Laissée sans protection, elles le tenteront irrésistiblement. Un coup de bec par ci, un coup de bec par là. S’il reste une pousse à repiquer, ce sera tout. Cette fois, c’est la curiosité qui le guide. Mais n’est-elle pas la première démarche d’éveil de l’intelligence ?


Le merle fait penser au mauvais élève de la classe, brouillon et agaçant. Mais sans lui, nous perdrions l’une de nos plus belles voix.

 

 

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 06:41

 

 

 

 

Il a 16 ans. C’est presqu’un homme.

Sa taille élancée laisse deviner

une belle prestance

malgré ses épaules affaissées.

 

Il est venu par la mer.

Maigre.

Des traces grisâtres balaient son corps musclé.

 

Il a fui.

Une dictature.

Les assassins de son père.

Raison politique ? 

Il a fui.

La famine.

La terre ne donne pas.

 

Sa mère est morte de longtemps déjà.

 

 

Chez lui, là-bas,

On dit qu’ici, c’est l’opulence.

 

Il parle mal la langue.

Il fait froid.

Personne ne l’attend.

 

 

 

Y-a-t-il une place pour lui quelque part ? 

 

 


Son regard erre sur le port.

Les gens passent,

pressés ou nonchalants.

Indifférents.

Comment faire ?

 

A la descente du bateau,

bousculade.

On lui a volé le peu d’argent

qu’il avait sur lui.

Tout ce qu’il avait pu trouver

dans la case vide

et échanger.

Cela représentait peu.

Maintenant il a rien.

 

 

Les fenêtres le regardent,

sans aménité.

 

Il traverse la place,

s'assied devant une auberge

à côté de la porte.

 

On a autre chose à faire

que de s’occuper des mendiants du port.

 

 Les gens passent,

pressés ou nonchalants.

Indifférents.

 

 

 

Il s’éloigne,

 va s’asseoir contre un arbre

dressé un peu plus loin de là.

 

Il se cache les yeux dans les mains.

De lourdes larmes

tracent des sillons le long de ses doigts.

 

 


Y-a-t-il une place pour lui quelque part ?

 

 


La faim crispe son estomac.

Des brûlures remontent son œsophage.

Il croise les bras sur ses genoux.

Pose sa tête sur cet oreiller.

Ferme les yeux.

Pense à sa grand-mère de tout petit.

Il sent sur son épaule la main qu’elle posait sur sa joue.

 

 

la-porte-ouverte-1

 


Une main douce est posée sur son épaule.

Il hésite à lever le visage.

Il n’aime pas montrer qu’il pleure.

Il a peur.

 

« Tu as faim ? » 

 

 

« Quand tu auras fini ton plat

Je te montrerai la douche. » 

 

Elle la fait entrer dans une pièce

Un lit.

Un fauteuil.

 Une lampe à côté du lit.

                                                                  Une armoire.

 

Il est son invité.

Il peut s’installer.

 

Il dort.

 

 

 

Il lui raconte le pays là-bas, très loin

dans un français mal assuré.   

Il explique, raconte.

 

Elle fera tout son possible

pour lui permettre de s’installer ici

et d’avoir une place quelque part.

 

 

 

 

 

 

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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 21:53

 

 

 

 

Photos-Janvier-2013-131a.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 11:17

 

 

Je la voyais descendre les quelques marches du perron.


La regardais s’envoler légère,  au-dessus de l’escalier,


Se poser dans l’allée du jardin.


  Ravissement.

 


 

Son pied, qu’elle avait menu et gracieux,


Se lovait sur le sol en un mouvement souple.


Sa cheville fine se ceignait d’un bracelet liane.


 

 

Elle sortait ce soir comme tous les soirs


Portant un fourreau fluide qui la moulait sans exagération.


Une de ces choses extrêmement réussies, à la taille basse.


Les courbes discrètes de son long corps


Dessinaient la structure du tissu


En un plissé délicieux.

 

 

 

 

Encore une fois, elle m’échappait.


Rien n’avait été dit entre nous.


Et rien ne serait dit.

 

 

 

 

 

 

 

Je restais ainsi à l’observer depuis la fenêtre.

 

Soir après soir, elle disparaissait 


Pour aller se jeter dans les bras d’inconnus


Toujours autres.

 


 

Elle revenait de ses évasions sensuelles et tendres,

 

conquise.


Ses yeux langoureux brillaient d’un éclat sauvage.


Le parfum de sa peau mêlé aux effluves de transpiration


Trahissait l’embrasement de sa passion.

 


 

Elle était désirable à me rendre fou.

 


 

Je retenais une longue plainte.


Ne disais rien.


La regardais se déshabiller


En longs mouvements coulés.

 


 

C’est elle qui orchestrait nos échanges.


Et pour le moment,


Elle n’était pas décidée à se donner.

 


 

 

 

 

 

 

Elle enlevait ses atours


Qui s’étalaient sur le sol.


S’éloignait vers la baignoire.


Le métronome de ses deux croissants de lune


Se balançait de gauche à droite,


De droite à gauche.

 

 

 

… J’entendais le clapotis de l’eau...


Voile translucide. 


 

 

 

 

 

 

 

… Enfin, elle s’approchait de moi.


Nue, elle avançait ses longs doigts


Et les posait sur mes touches noires et blanches

 

Charnelle.


Toutes mes fibres se mettaient à vibrer,


M’autorisant à lui dire combien je l’aimais.


 

 

 

 

  Elle m’entrainait

 

De son doigté ferme et puissant


Dans l’alcôve de nos symphonies


Où, pour elle, je mourais d’amour.

 

 

 

 


 

Reve-orange.jpg 

 

 

La musicienne

 

 

 

 


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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 08:08

 

 

 

 


 

Les blogs, c'est un outil génial


Pour la civilité.

 

 

On peut avoir pleins de nouveaux amis très vite.

Dans la vraie vie, les nouveaux amis,

c'est plutôt rare.

Parfois très rare.

 

Les tuiles, c'est d'ailleurs, le test de la vérité.

A ce moment là, vous comptez les vrais de vrai.

 

Pourquoi on dit tuile ?

Parce que quand elle vous est tombée sur la tête, le toit prend l'eau ?

 

 

 

 

J'ai voulu me faire pleins d'amis du net.

Je me suis inscrite dans une communauté.

Avec le blog que j'écris,

des communautés, y'en a plein.

 

 

 

J'ai choisis :

 

Les intellos de minuit.


Intello, j'sais pas bien c'que ça dit 

mais je me couche pas avant minuit.




Il faut remplir un questionnaire d’identité.

(C'est comme à l'école 

  sauf que c'est facile !)

 

 

 

Comment vous appelez-vous ?


Je ne comprends pas la question. 

Y'a qu’à lire mon adresse email. 

 

J’ai répondu : regardez l’email.

 


Quel âge avez-vous ?

 


J'ai pensé : La politesse dit qu’on ne pose 

pas la question aux dames,

surtout quand elles ont mon âge.


Je leur ai dit : Et la politesse !


 

Quelles sont vos activités préférées ?


Je leur ai dit :

j’aime bien regarder les voisines par la fenêtre

J’aurai plein d'activités 

à écrire dans mon blog comment la voisine, elle a mis son

tablier vert, celui qui a le volant décousu depuis 

4 jours qu’elle l’a toujours pas recousu, elle a sorti 

son balai, vous savez celui à longs poils recourbés. 

Les poils y sont recourbés parce qu’elle le range mal 

son balai. Elle le pose à l’envers. J’ui ai déjà dit, 

mais elle fait qu’un geste énervé de la main.

Pourtant c’est de la bonne intention de ma part.

Et pis, elle pousse la saleté dans le caniveau. J’ui ai 

déjà dit c’est pas comme ça qu’on fait quand on est 

prop. Elle a fait un geste énervé de la main.

Je comprends pas ces gens qui veulent rien apprendre.



C’est un bon exemple ça pour mes activités préférées, hein ?


J’aurais pu en raconter d’autre avec madame Dacoté 

ou monsieur Dudessus. Mais le questionnaire,

il a pas assez de place.

  

Y faut pas avoir beaucoup d’activités. Je trouve que 

ces intellos y sont pauv.

 

 


Quelle est votre façon de vous cultiver ?


J’ai dit : avant j’avais un petit morceau de jardin,

je faisais du légume pardi. 

Les fleurs, c’est pour ceux qu’ont de l’argent. 

Ça sert à rien.

 

Maintenant le proprio, il a repris le jardin. 

Y disait que mon fumier sentait trop.

  Alors maintenant je vais au marché. 

C'est moins de travail 

  C'est plus cher.

 

C'est le proprio qu'a mangé ma culture.

Y faudrait s'adresser à lui.

 


 

Quelles sont vos motivations pour vous inscrire

dans cette communauté ?


 

Je leur ai dit : C'est pour être sponsorisée :

  Je veux être une star comme Arlequin.

 

 


Ben vous savez quoi ?

Ça fait 2 mois que j’y ai répondu à ce questionnaire.

J’attends toujours qui m’écrivent.

Y z’ont pu d’timbre ou quoi ?

Y’a pu de politesse aujourd’hui !

 

 

 


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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 14:39

 

 

 

Une envie de rêve ?

 

D'ouvertures mystérieuses ?

 

 

 

D'î 

 

  l es inattendues ?

 

 

 

                                                  De mondes inventés ? ....

 

 

 

 

 

 

Il y a des Portes

 

                                                                                             vous invite ....

 

 

              .......................   aire .................

 

                                                                ....................maginaire .....................

 

 

                             .................age imAginaire... oyage imaginaire.........................

 

 

 

 

 

 

..........................................................................................................vo   y  age...........

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Pousser la porte ?

 

Tenter l'aventure ?

 

S'envoler sur une plume de 7 lieux ?

 

Planer sur le tapis des rêves ?

 

 

 

 

Cliquez ici !

 

 

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 18:04

 

 

 

 

 

 

Les serrures protègent.

Et enferment.

Rouillées, elles emprisonnent.

 

Ouvre ta porte à la brise.

Dans le sablier s'écoule le temps.

 

Ganghaan

 

 

 

 

L’œil poché de sommeil, je me redresse, maugréant après cette journée qui commence dans un brouillard fâcheux. Le sommeil me bat froid. Les petits matins moroses ressemblent à la chute des feuilles en automne.

 

Je m’assieds au bord du lit, le corps saturé de fatigue. Je pose mes pieds nus sur le tapis en laine de mouton. Il me réconcilie chaque matin avec la rudesse du sol. Perdu dans la texture rude et accueillante, je songe : « Comment pousser la porte du désir ? »

Immédiatement, le nuage qui m’étreint le cerveau, s’envole. Une porte faite de brume se présente à moi. Comme mille gouttelettes d’eau serrées les une contre les autres. Le bord est délimité par un cadre de pluie fine. Elle est insérée dans un mur de brouillard moutonnant. Tout se ressemble et pourtant je vois cette porte distinctement. Je décide de la pousser, me lève, tend la main. L’instant d’après, mes pieds sont posés au bord d’un gouffre. Derrière, mon lit. Derrière mon lit, rien. Devant moi, une immensité vide. Un mot se forme dans ma tête : « néant ». Comment dire autrement ?


Une étroite bande de terre marque le bord de ma peau de mouton et se précipite en contrebas sous mes pieds vers un horizon sans fin, là bas, tout là bas.

Je regarde la terre qui file à la verticale et le rien qui s’étale au-delà. J’essaie de comprendre ce que je vois. Mon cerveau se tourne dans sa cage étroite, se cabre, se cogne, butte contre ses limites. Aucune explication ne surgit. Tous mes essais de rationalisation se heurtent à ce que mes yeux dépeignent.


Je me lève. Je longe le bord du précipice. Je marche. Marche. Marche encore. Durant des kilomètres.

Je suis seul. Je ne croise aucun être vivant. Je ne saurais dire quel temps il fait. Je n’en ai pas conscience. L’air porte une luminosité moyenne. Je ne me souviens ni d’un soleil ni d’un nuage. La terre, ocre, est sèche. La terre, omniprésente. Installée. Immense comme un désert. Elle se faufile vers cette coulée vertigineuse.

Et le néant.


Je m’assieds. J’attends. J’attends pendant des heures. J’ai prudemment fait descendre mes jambes dans le vide. Je les ai laissées pendre. J’ai constaté qu’elles ne m’entrainaient pas. Elles reposent maintenant le long de la paroi verticale. Rien. Il ne se passe rien. Je n’ai ni faim, ni soif. Le jour dure, sempiternellement égal à lui-même. La température est agréable. Constante.

 

Mon dos commence à me faire souffrir. A peine ai-je pensé au bonheur d’un coussin soutenu par un dossier que je m’y alanguis. Je devine un dossier en osier tressé. Garni d’un gros coussin rouge. Je me love délicieusement. Prêt à goûter ce bonheur.

Quelques instants s’écoulent. Le poids de mes pieds suspendus dans le vide au bout de mes jambes devient obsédant. On dirait que tous les pierrées des Alpes s’y sont accrochées en un interminable collier de poids.


Je pense au petit marchepied de vieux bois avec lequel je m’amusais enfant quand je devenais le petit cireur de rue de mon album illustré. Avec une vieille brosse à dents que l’on m’avait solennellement donnée pour cet usage, je cirais les chaussures des grandes personnes. Le moment que je préférais par-dessus tout était la fin du repas. Je me glissais sous la table et je frottais vaillamment les chaussons. Ce n’est pas commode de cirer un chausson de tissu. Cela accroche. Les adultes rassurés par les efforts fournis à grands coups de « Han ! » et de « Ho hisse ! » se lançaient dans des conversations profondes. Je les écoutais avec délice. Les mots qui échappaient à ma compréhension m’emportaient sur des océans de rêverie. Mes  vénérables censeurs participaient à leur insu à des aventures qui les mettaient bien souvent en posture délicate. A ma plus grande joie.

  

Cette fois encore le petit banc me procure surprise et plaisir. A peine évoqué, il se matérialise sous mes pieds, soulagés de leur collier de pierres.

Je m’installe confortablement au bord du précipice de terre ocre, le dos posé contre le gros coussin rouge, les pieds à l’abri de mes rêves d’enfant.

 


 

L’étonnement et l’inquiétude me saisissent doucement.

Qu’ai-je la faculté de faire surgir de ma pensée et de mes besoins ?

Comment ne pas retourner ce pouvoir contre moi-même ? D’où me vient-il ?

Suis-je l’instrument d’une force supérieure qui a le dessein de se servir de moi pour un projet dont je ne sais rien ?

Pourquoi moi ?

Qui suis-je ?

 

 

Je suis seul, installé au bord d’un gouffre et du néant avec un coussin rouge dérisoire dans le dos et un petit banc de bois désuet flottant dans le vide sous mes pieds.

Je ne comprends rien à l’histoire qui est en train de m’absorber.

 

Et si ces pouvoirs pouvaient m’entrainer dans le néant ?

Être prudent. Très prudent.

 

Reste-t-il quelque chose de mon ancien monde ?

Y-a-t-il une clef, une formule, une porte, quelque chose qui me permette d’y retourner ?


Je me lève et me mets en route. Je longe le précipice sur la bande étroite se déroulant au milieu du rien. Vérifier si mon lit est là. Vérifier si mon lit est là. Vérifier si mon lit est là.

La poussière ocre se marque de mes empreintes. Mais que sont devenues les traces de mon premier passage ? Il n’y a eu ni vent ni pluie. A peine ai-je évoqué leur absence, qu’elles se mêlent à mes pas actuels.

Un sentiment d’effroi m’anime.

 

Le jour reste éternellement moyennement lumineux, tempéré et doux. Sans faim ni soif, ni soir, ni matin, je poursuis mon but.

Comment savoir que je serai arrivé à mon point de départ alors que je n’ai pas de repères ?

Si mon lit n’y est plus, je dépasserai son emplacement sans le savoir. S’il n’a pas laissé plus de traces que mes pas du matin n’en ont laissées…

Si je ne le retrouve pas …

 

 

 

Que reste-t-il quand tout a disparu ?

Le sol se déroule sous mes yeux comme s’il se recréait à chacun de mes pas. Quand je jette le regard plus loin, le tapis poussiéreux ocre surgit plus vite. J’ai la sensation imprécise que le paysage nait de mon regard. Je projette mes yeux de plus en plus loin dans le néant indécis et la bande ocre s’éveille immédiatement.

Je marche rapidement maintenant. Je chasse les idées et les questions qui tournoient dans ma tête comme une bande de corbeaux au-dessus d’un champ fraîchement labouré. Mon lit est-il encore à sa place ? J’avale les mètres ocre sous mes pieds nus, bruns de poussière. Enfermé dans un univers réduit à l’espace que j’occupe.


Mon existence est-elle issue de ma pensée ?


Je marche, marche, marche encore. Vais-je retrouver mon lit ? C’est ma seule préoccupation, ma priorité, mon point de repère. Je marche. Marche. Marche encore. Ai-je déjà dépassé l’emplacement de mon lit ? Pas de course du soleil. Pas de sensation de faim ou de soif, ni de froid ni de chaud. Me retourner ? J’ai peur. Que verrais-je ?  Ce grand rien qui dévore tout ?

Cette course en solitaire dans un monde qui disparait m’éreinte. La fatigue prend le dessus sur l’inquiétude. La question « Mon lit est-il encore à sa place ? » se transforme doucement et devient «Si je pouvais me coucher dans mon lit…»

 

 

 

 A suivre...

 

 


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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 18:03

 

 

Tinguha, le monde qui s'efface (1)

 

 

Le voici.

Sur le bord de la bande ocre. Exactement comme je l’ai quitté, de nombreuses heures plus tôt.

 


Quel lit est-ce ? Celui où j’ai dormi ou celui que j’ai créé ?

Poursuivre mon chemin ? Retrouver mon lit de ce matin ? Ou ai-je atteint mon but ?

Je m’allonge. Cherche à y retrouver une trace, un indice de ma nuit passée. La tête dans l’oreiller. Je renifle longuement. Aucune odeur. Ce lit a-t-il été utilisé ?

Depuis le début de ma marche, je n’ai senti aucune odeur. Mon nez respire mais semble anesthésié. Il ne sent rien.

 

Les questions s’enroulent sur elles-mêmes et s’imbriquent pour créer un imbroglio de fils qui me tricote l’estomac.

 

Je regarde de part et d’autre. Le rien m’entoure et m’isole. L’abattement affaisse mes épaules. Mes yeux s’humidifient. La solitude m’étreint. Je ferme les yeux. La fatigue a gagné chaque fibre de mon corps. Une grande mollesse s’empare de mes tissus. Mon cerveau se glisse dans la torpeur et dépose les armes. Je m’endors.

 

 

 

Je m’éveille reposé. L’inquiétude a perdu sa fébrilité exaspérante. Le rien entourant l’étroite bande ocre a quelque chose de déjà familier.

« Qu’est-ce que ça manque d’arbres ! J’aimerais tant voir frémir des feuilles ! » J’ai parlé à voix haute et posée. J’ai besoin d’entendre un son. Savoir si mes oreilles fonctionnent encore. Croire que je ne suis pas totalement seul.

Sous mes yeux nait un arbre extraordinaire, fusion de ces êtres si différents à tronc et feuilles, un arbre ornithorynque. Son tronc comporte les écailles de l’épicéa et les taches du hêtre. Des plaques sculpturales en liège, épaisses, torturées l’orne. Je l’observe, fasciné. Deux cavités profondes, comme celles qu’accueillent les vieux saules têtards, y sont logées. Elles pourraient accueillir une Chevêche d’Athéna ou une Sitelle Torchepot, mes oiseaux vedettes. Mon arbre ornithorynque  porte un assortiment de fruits variés. Des cerises précoces côtoient des noix tardives, les pommes se partagent les branches basses avec les mirabelles, quelques régimes de bananes portent des dattes sur les plus hautes branches. Tandis qu’une noix de coco s’affale sans bruit sur le sol dans un envol de poussière. Les feuilles s’ébrouent  dans un remuement incessant. Elles me racontent leurs confidences badines bien qu’elles se taisent. Et comment elles ont choisi leurs robes dans des grands fous rires de demoiselles espiègles. Elles ont revêtus des costumes divers, larges, amples et souples ou fins, serrés et piquants, gris blancs et duveteux ou lisses, brillants et secs.

 

 

Je me souviens. Le début de ma longue marche. Le pouvoir d’inventer ce monde en évoquant mes besoins, mes désirs. Perdu dans la quête de mon lit, bousculé par mes craintes, j’ai oublié que cet ici se caractérise par ma capacité à l’inventer.

 

J’imagine un crayon et un pinceau  au bout de mes doigts en train de dessiner-créer ce monde à l’image de mes rêves mêlés d’un  « je ne sais quoi » d’ici qui se glisse dans mes réalisations.

J’énonce à haute et intelligible voix, comme nous le demandait notre prof de français, Monsieur Nasillard : « Je voudrais un chevalet solide, des pinceaux brosses, des tubes de peintures, du bleu de Prusse, du jaune primaire, du rouge cadmium pourpre et du rose quinacridone, un soupçon de vert oxyde de chrome, du blanc de titane, du bleu cyan, de l’essence de térébenthine et quelques toiles de tailles variées. »

Devant moi, sur le sol, ma commande.

« J’aimerais également une petite table de style assorti à mon dossier en osier. »

 

Me voici co-créateur-démiurge du rien.

 

 

 

Je choisis de peindre de réaliser un tableau abstrait. Plus proche du mystère qui m’habite. Curieux de découvrir comment le monde d’ici interprétera ma création sur toile.

Je choisis des couleurs douces et harmonieuses.

Comment le monde d’ici traduirait une œuvre heurtée aux contrastes forts jusqu’à la violence ?

Je trace des courbes comme la caresse d’une chevelure soyeuse sous la brise d’une nuit de printemps. Je compose le fond avec des notes légères. Une empreinte de parfum timide. Et le bruissement d’un voile de tulle.

 

Le monde d’ici accueille ma proposition dans ses bras avenants. La luminosité moyenne permanente se teinte de nuances de soleil levant mouchetées. Quelques éternuements gazeux mouvants flottent dans l’air. Une caresse tiède vient alanguir mon front, soulever le pan de ma chemise. Eveille en moi un zeste d’émoi amoureux,  sans lendemain.

Du sol, surgissent des formes fluides, vivantes et animées. Aux couleurs de ma toile. De temps en temps, elles envoient dans l’atmosphère des teintes douces. Une brassée de papillons s’élève d’un champ de bleuets dans le soleil du printemps.

Je suis enveloppé par cette transformation qui me dépasse. J’en suis le père et n’en connais pas la mère bien qu’elle œuvre simultanément avec moi.

Je suis ému. Impressionné. Je regarde ce monde qui nait, croit, évolue sous mes yeux. Je n’en connais rien. Il m’est totalement étranger. Isolé au milieu de  rien comme une île au sein du néant. Il est issu de mon union avec lui-même et je ne sais ni son nom, ni où il est situé, ni comment y accéder.

 

 

L’envie de partager mon île devient impérieuse. Il manque une note de musique à l’arc-en-ciel de ma joie. Je veux que mon ami Naïtou me rejoigne.

 

Nous avons partagé la plupart de nos aventures. Nous avons excellé pour la mise en place de blagues à deux balles quand nous étions des galopins de collège. Et été bien maladroits pour la conquête des cœurs tendres, qui aiment l’exclusive et se sentaient en marge de notre forte complicité. Nous avons dévoré tous les films qui passaient dans notre petit cinéma, des pires navets aux meilleurs chefs-d’œuvre grâce au pacte que nous avions passé avec l’ouvreuse. Nous n’avons jamais vraiment compris de quelle complicité elle nous avait rendu partenaires. Elle nous laissait entrer gratuitement. L’un faisait le ménage de la salle après le film, l’autre faisait le guet. Pendant ce temps-là, notre ouvreuse « recevait » dans la cabine de projection. Toutes sortes de bruits très intrigants s’échappaient de ce réduit obscur. En rentrant, nous étions pris de grands fous rires à tenter d’imiter les sons mystérieux qui s’étaient glissés dans nos oreilles sous l’impulsion de notre ouvreuse providentielle. Nous aimions ce mystère et ce secret autant que le plaisir du cinéma. Nous aimions aussi passionnément notre campagne. Des randonnées photos au goût de vrais petits morceaux de bonheur naturel nous trouvaient à l’affût des petits animaux qui peuplent les collines boisées environnant notre petite ville .

 

 

«  Naïtou et son appareil photo vont venir ici. Cela ne peut être autrement. Il va photographier l’évolution du monde d’ici. En pleine création. Il va y participer. Il apportera sa guitare. Et s’il compose un morceau, le monde d’ici le traduira-t-il ? Comme ma peinture ? »

 

Tandis que je suis plongé dans mes pensées, le monde d’ici a terminé de mettre en scène mon tableau.

« Il se customise selon les données de ton tableau graphique pour créer un univers virtuel dont tu es le héros », dirait mon copain Jean-Louis qui aime beaucoup les néologismes.  Il espère ainsi gagner son intégration dans le monde des zéros – un. Moi je lui dis qu’il est maintenant un zhéro virtuel.

 

 


Le monde d’ici se fait plus présent et appelle mon attention. Des petites bulles de luminosité colorée variable éclatent dans l’air. Certaines sont irisées, comme de minuscules bulles de savons. D’autres se décomposent en grappes. Elles peuplent l’atmosphère et m’enrobent d’un parfum à peine perceptible, comme un délicat mélange de fleurs. Dans le lointain, s’agitent des draperies imperceptibles. J’en devine le mouvement aérien qui donne une consistance agréable à l’atmosphère et un sentiment d’intimité. Une alcôve géante me protège et m’ouvre ses bras.

 

Les petits êtres colorés du sol disparaissent quand j’essaie de m’approcher. Seul. Je suis seul. Immensément seul. Dans une magnifique alcôve géante.

 

« Je veux que Naïtou vienne ! ». J’ai osé énoncer mon vœu. Je suis tout excité. Naïtou va apparaitre.

Je me retourne. Regarde le rien. Ausculte mon lit.

« Naïtou, où te caches-tu ? C’est pas drôle ! », dis-je mi-rieur, mi-inquiet.

Je me mets à quatre pattes. Regarde sous le lit.

Je me retourne, vois les voilages de mousseline s’agiter doucement. Crie : « Sors de l’alcôve ! »

 

 

…Aller à sa rencontre …


 

J’emprunte la mince bande ocre. Marche au milieu des petits êtres de couleur. Pile net. La bande ocre est en train de disparaitre. Dans l’air, les bulles lumineuses sont moins nombreuses. La luminosité de l’atmosphère baisse. Il n’y a plus de parfum.

J’ai peur.

Que vais-je devenir ? Absorbé dans le rien ? Effacé ?

 

  A suivre...

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 18:02

 

 

 

Tinguha, le monde qui s'efface...(1)

 

Tinguha, le monde qui s'efface...(2)

 

 

Je hurle : «Je veux la bande de terre ocre ! Je veux que le monde d’ici vive ! »

 

De nouvelles bulles irisées apparaissent. La bande ocre se déroule rapidement vers le lointain. La lumière retrouve une clarté agréable. Le monde d’ici se reconstruit sous mes yeux.

 

Je crie et hurle dans ma tête : « Je veux partir d’ici ! Je veux partir ! Je veux la porte de sortie ! »

 

J’ai très peur.

Mes jambes me font mal, endolories par l’inquiétude. Je me laisse couler sur mon lit, la tête dans la couette. Lourde, bruyante. Je tape le matelas de mon poing fermé avec désespoir et colère jusqu’à ce qu’une immense lassitude me terrasse. Mon corps affalé se détend.

Je sens un souffle chaud. Il masse mes muscles douloureux et me rassure. Je tourne la tête. Ouvre les yeux. Partagé entre appréhension et espoir.

 

 

 

Au milieu du rien, attelée au bord du chemin ocre, s’ouvre une longue passerelle en bois, enceinte de rambardes de corde. Des lampadaires vieillots ont poussé de part et d’autre, à intervalles irréguliers. Ils diffusent une lumière bleutée qui teinte le rien.

 

Un drôle de taxi est à l’arrêt. Deux pattes puissantes de kangourous serties d’un dos de chameau. Une bosse arrière, gigantesque, retient une belle selle ouvragée. Un long cou de girafe et deux gros yeux de libellule, sans tête. Une queue à géométrie variable et plumes multicolores donnent la direction, propulsant l’air comme une hélice. Deux tiges flexibles supportant une voilure de longs poils partent du thorax, insufflant la stabilité à ce navire peu commun.

 

Tout au bout, là-bas, très loin, au bout du rien, une porte se dessine. Laiteuse comme le néant. Du rien au milieu du rien. Je ne sais comment je la perçois. Pourtant… je suis sûr qu’elle y est.

 

 

 

 

Je suis installé devant mon chevalet. Dans ma chambre. Naïtou s’est posé sur le lit – le mien, celui dans lequel je dors et qui a mon odeur -  la guitare en bandoulière. Il réveille le monde de sonorités basses que nous aimons. Je tente d’esquisser sur la toile les traits du pays Tinguha.

D’où vient ce nom ? Je n’en ai aucune idée. Mais c’est le nom du pays d’ici. Je le sais.

 

Des traits s’échappent sur la toile. Ténus. Le pays, que j’ai connu, est à peine ébauché. Constitué de presque rien. De nuances. De couleurs. De lumières. D’odeurs.

 

Je laisse tomber la sécurité des crayons et attrape un pinceau, déverse des couleurs et empoigne ce pays à bras le corps. La toile se couvre de pastels mêlés et devient atmosphère.

 

La musique de Naïtou se modifie, s’imprègne de l’œuvre, explore les harmonies de couleurs, diffuse en notes claires les teintes de luminosité.

Notre partage se prolonge. Je suis si heureux de le retrouver.

 

Pour Naïtou, j’ai été parti une demi-journée. Tandis que le temps sans faim ni soif, sans nuit, ni repères m’a paru s’étendre à l’infini : deux jours, trois peut-être. Je ne saurais dire le temps de mon absence. Entre solitude et crainte.

 

Nous avons convenu de nous échapper ce soir vers le pays Tinguha. Vers 17 heures, nous prendrons nos sacs à dos de rando-photos, irons à notre cabane des taillis. Pendant la nuit, nous ferons le passage.

En réalité, je ne sais pas comment.

Je n’ai pas compris le phénomène qui m’a projeté au pays d’ici. Peut-être qu’évoquer ensemble notre désir … sera la porte du voyage … vers ce pays issu de mes souhaits.

 

Arrivés à la cabane, nous débouchons une canette de bière et sortons pain et pâté. Nous évoquons nos mauvais coups de garnement, avec des rires étouffés.

Nous savons que les buissons abritent mille vies qui s’endorment ou s’éveillent. Nous les avons photographiées avec bonheur. Nous savons que les humains s’intègrent mal dans cet univers craintif et fragile. Malgré notre fébrilité, nous contrôlons notre exubérance.

Les canettes de bière se succèdent. Nous hésitons à prononcer la formule que j’espère magique. Nous regardons maintenant les constellations. Nos yeux se perdent dans les étoiles.

Bientôt nos ronflements s’élèvent, alourdis par la bière.

 

 

 

Dans mon rêve, je revois les bulles irisées et les êtres mouvants nés sur la bande ocre. J’imagine de grands blocs de pierre noire sortant du rien. Cathédrale d’obsidienne noire. Epure élancée.

Le rien prend consistance, trouve sa force, son centre, sa présence.

Un oiseau de feu, carmin et garance, niche dans le creux minéralisé d’un vieux tronc cru dans la pierre. Vivant ?

Une pluie de poussière d’or nappe le sommet des pierres tandis que des perles blanc pur descendent le long de leur flanc. De féroces vagues s’attaquent à leur base. Eclaboussent leur faîte. Nettoient la poussière d’or.

Des morceaux de couleurs dégradées se jettent en grande lampées dans les eaux tumultueuses.

Des arbres ornithorynques surgissent des flots avec des oiseaux poissons accrochés aux branches dévorant voracement les fruits mûrs. Les vagues les submergent puis se retirent. Dégoulinants, ils apparaissent vivifiés par les flagelles toniques des flots déchaînés.

La poussière d’or, inlassablement, se dépose sur les sommets de pierre ruisselants d’eau continûment lavés.

L’oiseau de feu s’est emparé d’un fruit vert qu’il engloutit, l’œil brillant. Il ouvre grand son bec, gonfle le poitrail et pousse un cri silencieux.

De l’eau chavirée sortent des éclairs brillants, noirs.

 

Alors nait en moi le désir : « Je veux retrouver la porte du monde Tinguha. »

 

 

 

Je m’éveille avec la gueule de bois. Des valises de plomb s’accrochent à mes paupières. Je me force à ouvrir les yeux.

Mon chevalet se dresse sur le fond du rien. Un pinceau flottant animé termine la peinture en cours qui se réalise sous mes yeux et dont je suis l’acteur. Je suis assis sur mon lit. Des canettes de bière s’échappent de mon crâne. Mon teint jaunâtre d’un côté du visage se dégrade vers une couleur bonne santé en vogue chez les marchands de couleurs.

 

Les canettes de bière s’évadent de la toile et se regroupent. Forment un amoncellement désordonné dans l’atmosphère. S’entrechoquent, débordent, se renversent et répandent leur contenu. Une marée jaune d’or pétillante sature le rien jusqu’à l’écœurement.

« Si seulement cette bière pouvait se déverser dans un beau récipient ! Elle est en train de tout gâcher ! »

Une amphore généreuse en terre cuite, aux formes irrégulières comme si elle avait été achevée hâtivement, apparait. Les rivières gazeuses ensoleillées s’y précipitent joyeusement. Elle s’est posée au milieu de nulle part. Inattendue et décalée. Le paysage se nettoie.

L’image d’une vasque translucide, à long col, étages successifs et cascades, m’apparait. L’amphore en terre opère une transmutation sous mes yeux avec une grâce docile. Suspendue en l’air comme un lustre luxueux et fragile, elle distille son ruisseau de nectar doré et déploie ses lacs gazeux.

L’atmosphère retrouve son apparence laiteuse. Elle a trouvé son astre.

 

 

 

« Pourquoi Naïtou n’est-il pas avec moi ? » La question me taraude.

 

Nous ne nous sommes pas quittés depuis cette classe d’école maternelle qui nous a réunis. Nous avons vécu ensemble tant d’aventures. Nous avons obtenu des parents de passer nos vacances en commun. Que signifie cette séparation ? 

 

Me reviennent des épisodes que nous n’avons pu vivre dans cette communion de l’identique que nous souhaitions.

Quand la grand-mère de Naïtou a été très malade, seule la famille très proche pouvait lui rendre visite à l’hôpital. C’était très dur pour Naïtou d’aller sans moi dans cet univers douloureux. C’était dur pour moi d’être écarté. Nous avions passé des vacances chez cette Mamie que j’aimais beaucoup et qui m’appelait « mon garnement » avec du soleil dans la voix.

Lors du bac, nos établissements d’examen n’étaient pas les mêmes…L’attente dans les couloirs pour les oraux l’un sans l’autre, alors que nous avions passé toutes nos récrés ensemble, nous avait paru inconcevable mais implacable.

En cherchant j’aurais sans doute retrouvé encore l’une ou l’autre situation qui nous vit séparés, mais je ne tiens pas à ma remémorer ces moments.

 

 

La douleur de l’absence.

…Le refus de la différence.

 

Peut-être que Naïtou est en train de prendre de l’indépendance. Peut-être que Naïtou n’avait pas assez envie de partager avec moi mon monde Tinguha.

Le désir de Naïtou pourrait être différent du mien ?

 

 

 

Deux immenses pierres d’obsidienne s’élèvent du fond du rien. Me procurent un profond sentiment d’ancrage. L’oiseau de feu arrive du fond du brouillard. De tout là-bas, au loin. Il se met à chanter. Son chant rappelle le son d’une guitare.

 

 

 

Naïtou, depuis son monde, vient de donner une voix à Tinguha.

 

 

                        Fin

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