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Entête31.01.2010

 

 

 

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Les mots

 

Les mots sont des bulles de savon

Fragiles et tendres

Des papillons

Avec des ailes légères

Il y en a qui sont cuirassés aussi

Ils explosent et laissent des éclats dans la chair

compteur pour blog

26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 21:06

 

 

Cette histoire avait déjà paru. Je l'ai un peu "remastérisée".

 

 

Dans un pays mystérieux

Vivait le peuple des Grandes Oreilles…

 

Alors que Michette était allée se promener au Parc avec ses parents,

Elle échappa à leur surveillance assez peu assidue ma foi.

Les adultes au nombre de cinq

S’occupaient à écrire l’avenir du monde

Avec le regard brouillé de leurs lunettes de myope.

Michette s’avançait sur le chemin  qui se déroulait devant elle

Sur son vélo rouge à panier.

 

Elle fredonnait une chanson apprise à l’école

Sur un air un peu faux, avec beaucoup d’entrain.

De temps à autre, elle arrêtait la course de ses pédales,

Posait un pied à terre et se baissait.

Elle avait vu un petit caillou blanc.

Michette collectionnait les petits cailloux blancs.

Elle le glissait dans la petite poche de sa robe

A étoiles vertes qui s’ornait d’une auréole grise

Laissée par le passage des petits cailloux.

Puis elle repartait d’un mollet guilleret

Sur son vélo rouge à panier.

 

Elle avançait tant et si bien qu’on ne voyait plus les adultes

En train de rédiger le traité économico-social de la prochaine décennie.

Le paysage changea.

La prairie ensoleillée laissa place à un attroupement de grands arbres.

C’est alors que Michette levant les yeux du sol

Qui n’offrait plus de petits cailloux blancs

Tomba nez à nez avec une grande oreille.

Cette dernière, animée de  l’esprit d’aventure,

Avait surgi le matin même dans le monde des humains.

Comment ? Elle ne le savait guère.

Cela s’était passé comme ça, à l’improviste

Et ne lui avait pas déplu.

Elle regardait pétrifiée la petite fille qui arrivait vers elle.

 

Michette lui dit : « Elle est où ta tête ? »

« Qu’est-ce que c’est tatète ? répondit la grande oreille rassurée

par la petite voix de Michette.

« Tu viens d’où, toi ? poursuivit la petite fille

« Tu poses de drôles de question : du pays des Grandes Oreilles. »

« Je ne connais pas ce pays. Tu me le fais visiter ?

« Je t’emmènerai quand j’aurai retrouvé le chemin. »

«  Alors je te donne mes petits cailloux blancs pour que tu marques le chemin.

Je vais compter contre l’arbre jusqu’à 30 pour que tu partes devant. Et je suivrai les petits cailloux blancs pour te retrouver.»

«  D’accord, tu comptes jusqu’à 30 et puis tu sautes à cloche-pied dix fois, tu cueilles sept pâquerettes et tu chantes deux fois « dansons la capucine » avant de partir. Comme ça j’aurai le temps de trouver le pays des Grandes Oreilles. Je t’attendrai. »


De nombreux cailloux plus loin et quelques fausses notes plus tard, Michette arrive au bout du chemin. Devant elle, elle ne voit rien ni personne comme si un gigantesque coup de gomme avait effacé le monde et les gens. Elle avance prudemment le pied droit qui disparait. Elle le retire, il est là, bien vivant au bout de sa jambe. Alors, elle envoie son vélo rouge à panier en reconnaissance. Il disparait et ne revient pas. Elle cherche avec sa main à travers le néant. Elle ne voit plus ni main ni vélo.

Elle s’élance dans un élan bondissant pour braver la crainte et ne voit plus rien, ni elle-même, ni le sol, ni rien. Elle avance doucement avec la sensation d’être dans le vide. Elle fend l’air à petits pas quand brutalement, elle retrouve l’attroupement des grands arbres et son ami la Grande Oreille qui l’attend avec une large ouverture.


Une musique l’enveloppe d’abord douce et caressante, puis vive et enivrante. Son amie lui passe un bandeau devant les yeux. Elle la guide sur un chemin qui donne aux pieds une sensation d’élasticité ferme.

Le son de la musique s’amplifie. Son amie enlève le bandeau. Michette est entourée de Grandes Oreilles. Du creux de leur pavillon s’échappe cette musique qui l’enveloppe. Chacune se meut dans un large mouvement souple. Michette se laisse emporter par la danse tandis que des lampions aux couleurs chaudes s’allument.


Alors que la fête bat encore son plein, la Grande Oreille propose à Michette de la raccompagner. Elle proteste. Mais la Grande Oreille pense à l’inquiétude des parents qui tracent avec la plume de leurs mots le destin du monde. Alors Michette lui emboite le pas.

Avant de traverser la barrière invisible, elle tend les petits cailloux blancs qu’elle avait ramassés :

« A mercredi », dit-elle en faisant un bisou sur le bord gauche de la Grande Oreille.

 

 

 


 Oreille.jpg

 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 21:04

 

 

 

 

… Le mercredi suivant, Michette arrive au Parc avec sa maman seule. S’en aller sur la pointe de ses pédales, incognito, va être beaucoup plus difficile.

Michette s’assied à côté de sa maman et, l’air soucieux, réfléchit.


« Qu’as-tu, Michette, ton amoureux ne veut plus de toi ? »

« Ça va » répond Michette se demandant pourquoi les mamans posent des questions farfelues.

Assise sur le banc, Michette balance ses jambes à tour de rôle. Le haut de son front la chatouille, signe caractéristique de la couvaison d'une idée. Un petit rire amusé agite sa bouche rose. Ses yeux verts d’eau se plissent sur un éclat espiègle.

« J’ai besoin d’aller faire pipi ».


Cela fait un an que sa maman a décidé qu’elle était assez grande pour aller se cacher seule dans les bois. Michette n’aime pas ça. Elle a un peu peur. Il fait presque noir sous les grands arbres. « Tu exagères, Michette. Il ne fait pas noir. » Et parfois, il y a des ronces qui s’accrochent aux jambes. Elles refusent de se coucher par terre. elles font des balafres rouges qui font mal aux jambes.


« Je t’accompagne si tu veux. » dit maman.

« Non, non. Je suis grande maintenant. » répond Michette qui ne comprend goutte aux revirements des adultes.


Elle jette un coup d’œil sur son vélo rouge à panier. Ce serait trop dur de le faire passer par le bois. Et puis maman ne serait pas d’accord. Elle dirait : « Michette, tu fais n’importe quoi ! Laisse ce vélo ici. »

Il ne s’agit pas d’attirer son attention. Elle a plongé son nez dans un petit livre gris et vert, le traité raisonnable et rationnel de gestion citoyenne optimale. Sur le banc, il y a le Petit Dictionnaire d’économie politique. Elle tient un crayon dont elle souligne de temps en temps des passages. « J’ai encore oublié mon carnet. Je vais être obligée de reprendre tout à la maison. Si c’est pas bête. »


Michette s’avance d’un pas résolu vers le bois. Sa mère est très occupée. Plus c’est compliqué et sérieux, plus elle a l’impression de faire quelque chose d’important. Le champ est libre. Sa maman ne va pas se rendre compte rapidement de sa disparition.


Michette sursaute en entendant la voix de sa mère : « J’ai pris des madeleines pour ton goûter ! ». Michette pénètre dans le bois, fébrile. Sa mère va-t-elle  trouver un autre prétexte pour la rappeler ? La fillette s’enfonce entre les grands arbres dont la pénombre se fait, pour cette fois, protectrice. Elle sort du bois une cinquantaine de mètres plus loin, après un tournant du chemin qui la rend invisible.

Elle suit le chemin en galopant, le nez vers le sol, cherchant les petits cailloux blancs qui lui indiqueront la direction de la barrière invisible et le pays de son amie.

Elle arrive à un croisement, hésite « Où je suis passée avec Grande Oreille ? » Elle regarde de droite et de gauche, cherche un point de repère. Etait-elle partie vers la droite du côté où pousse la mousse des arbres ? Vers la gauche où poussent quelques roseaux ? Elle n’en a pas souvenir.

Peut-être bien était-elle partie tout droit.

 

Pourquoi les petits cailloux ne sont-ils pas là devant elle pour lui dire quel chemin prendre ?

 

 

 

 

arbre2.jpg

 

 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 21:02

 

 

 

Elle se balance d’un pied sur l’autre et décide d’emprunter le chemin qui lui fait face. Elle avance lentement, peu assurée. Sur sa droite, s’étend une prairie. Des pâquerettes la jalonnent de points blancs. Michette en cueille quelques-unes et s’asseoit dans l’herbe. Elle effeuille le couplet rempli d’espoir : « Je t’aime, un peu, beaucoup… »

…  « passionnément, énormément » entend-elle.


Elle lève les yeux et contemple avec un grand sourire la Grande Oreille. Elle saute sur ses pieds pour l’enlacer dans ses petits bras. Elle s'écrase le nez contre son amie. Ses bras sont un peu courts. Un coup de rire la secoue tandis que son amie egrène quelques notes claires. Un gros soupir échappe à Michette. Elle ne sait pas bien si elle est soulagée parce qu’elle a eu un petit peu peur de se perdre, une grosse peur de ne plus jamais revoir son amie, une très grosse peur de croire qu’elle ne l’avait jamais rencontrée.


« Ouf que t’es là ! » dit-elle dans un murmure. La grande Oreille glisse un son de flûte traversière très doux. Les yeux de Michette se mettent à briller. « Encore » dit-elle.

Un staccato joyeux dévale en trilles : « Tu as eu peur, dit la Grande Oreille. Excuse-moi. Je voulais venir plus tôt. Nous avions une réunion de grande importance et je n’ai pas pu partir à temps pour déposer les cailloux avant ton arrivée au Parc. Mais maintenant nous sommes ensemble. Tout va bien. »

 


Elles partent ensemble jusqu’à la barrière invisible qu’elles traversent l’une à côté de l’autre. Michette tenant le lobe de la Grande Oreille. Elle sent sa texture tandis qu’elles ne se voient plus. C’était une sensation étonnante. Une respiration ténue sous ses doigts.


Les grands arbres. Une lumière particulière teinte le ciel. 


« Le ciel est drôle, dit Michette.

- Le ciel s’accorde avec la qualité des évènements majeurs de notre pays. Ce moment est heureux. 

- Pourquoi ?

- Tu es là. Personne du pays des humains n'a jamais traversé la barrière avant toi.

...

- Peut-être vas-tu nous aider.

- Pourquoi faire ?

- Le monde est malade, Michette.

- Mais je ne suis pas docteur. D'ailleurs, un docteur du monde, ça n'existe pas !


La Grande Oreille émet une cascade de notes gaies. C’est bon la légèreté des enfants. 

- Je t'expliquerai comment on prend la température du monde. La Grande Oreille bleue te racontera les larmes du ciel. La Grande Oreille Zéphir te parlera des colères du vent. La Grande Oreille Froide te racontera les glaces des pôles.

 

Michette ouvre de grands yeux. Les notes de musique de la Grande Oreille l'envoûtent. Elle s'endort appuyée contre elle.

 

La Grande Oreille  développe le fil de ce qu'elle a à transmettre :

- Les hommes sont devenus des sorciers !

Ils ne savent plus nourrir la terre. Ils lui donnent des potions toxiques. Ils la  remuent avec violence, espérant tirer plus d'elle. Cela tue la vie qui l’habite.

Elle devient désert.

 

La Grande Oreille évoque longtemps la maladie de la terre. Michette dort calmement. Ses yeux par instant sont remués de mouvements sous les paupières.

 

Moi, j’aime bien les écureuils. Un sourire passe sur les lèvres de la petite fille.

Elle se rendort.

 

La Grande Oreille bleue, La Grande Oreille Zéphir, puis la grande Oreille Froide se relaient au chevet de l'enfant des hommes.

Elles lui parlent des remèdes.

 

Au dizième jour, Michette se tient devant la barrière. Le quatuor des Oreilles l'accompagne jusqu'à la limite invisible. La Grande Oreille traverse l'espace avec elle.

 

Elle la regarde partir en courant vers les grands arbres de la forêt.


 

 

 

 

Pourtalès

 

 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 21:02

 

 

 

 

Au bas de la feuille blanche détrempée, il a signé Linou. Il a écrit son nom tout en bas. Selon les conventions. Ce qui ne va pas, c’est la blancheur de la page, légèrement souillée par la neige fondue.

Comme si ce Linou clamait «  Je ne te le dirais pas ».

- Quoi !

- Rien, je ne te dirai rien !

 

Des traces de pas sont arrêtées au bas de la feuille à côté de la signature la laissant à peine deviner. Cela manque d’élégance. Ces deux pas surgis de nulle part. Comme si leur propriétaire avait eu des ailes qui avaient été brutalement coupées.

Et pourtant aucune trace ne repart de la feuille.


Il neige maintenant. Les flocons s’amoncellent. De la branche d’arbre où je suis juchée, j’hésite à me précipiter. J’ai eu beaucoup de mal à grimper. Je ne sais qui a eu l’idée saugrenue de faire un bouquet de cette branche. Le vase me plait. Il est fin et élégant. Mais escalader un vase de verre poli c’est tout de même bien difficile. Je n’ai pas trouvé d’autre observatoire dans ce paysage blanc. Pour comprendre l’énigme des pas, c’était le meilleur moyen.

Faut-il que je dégringole de ma branche noueuse et glisse jusqu’au sol sur le toboggan de verre ?


Je réalise que je ne trouve pas de solution pour sauver l’énigme. Si la neige recouvre la feuille et les traces, il ne sera pas possible de la reconstituer. Je peux prendre la feuille, mais les traces de pas ?


 Une des plus grandes interrogations de l’histoire de l’humanité est en train de disparaitre inéluctablement et je ne peux rien y faire !

 

 

Je regarde longuement les flocons emplir les creux réalisés par les semelles des chaussures, la feuille se cacher sous l’édredon duveteux qui lui envoie le ciel. Une réflexion se fait par petites touches. Les auteurs de la mise en scène qui m’intrigue ne souhaitent pas que je comprenne leur secret. Ils n’ont pas prévu de spectateur curieux. C’est leur volonté de préserver ce secret. La page blanche de la lettre dit cette intimité si proche qu’elle se connait par-delà les mots. Je n’avais rien compris tout à l’heure. C’est un peu comme si j’avais pénétré dans une alcôve. Le rideau se tire.

 

Un voile de rougeur passe sur mon visage, un sentiment de légère indiscrétion. Je me retourne pour descendre de mon arbre en bouquet. Il est temps pour moi de réintégrer le monde des choses simples.


Mon regard rencontre un spectacle tout aussi surprenant que le mystère des pas. Une chaise agite quatre jambes féminines toutes très jolies. De petits escarpins rouges à talon que des doigts de pied coquins agitent ressemblent à autant de dards à mon désir. Je ne cherche plus à comprendre comment je suis arrivé là. Je me laisse envahir du désir que suscitent ces jambes charmantes.


Je renonce à m’approcher, craignant leur disparition brutale. L’apparition d’un homme bourru qui ne verrait rien, s’emparerait du dossier, et poserait la chaise sur ses jambes devenues de vulgaires bâtons de bois. Où bien une meute de chiens se précipitant sur les chaussures dont la morsure dégonflerait les jambes devenues des enveloppes plastiques flasques. Ou encore une volée de petits enfants s’accrochant chacun à une jambe qui se détacherait de la chaise pour s’éloigner en compagnie du petit.


Je me carre dans l’arbre et attend. Longtemps. Arrêt sur image. La scène est figée. Je sens mon dos commencer à me tirailler. Je me retiens de bouger, de dire, de grogner, de descendre, de tomber.


Alors n’y tenant plus je houspille :

- Eh là haut, faudrait bouger un peu ! 

Un temps suspendu.


- Que vous arrive-t-il, Monsieur Archambaut. Vous êtes plus cordiale d’habitude !

Un instant, je vois les jambes s’agiter. Des bouches rouges, délicieuses, s’y sont incrustées et pépient en ma direction.

- Vous êtes tout de travers, Monsieur Archambaut. Vous allez vous faire mal au dos. Mes yeux s’ouvrent. Ils tombent sur le charmant sabot de Mélanie et surtout  s’arrêtent à son coup de pied, explore le galbe de sa cheville.

- Monsieur Archambaut, gronde-t-elle un rire dans la voix. Aidez-moi. Sinon, c’est moi qui vais avoir le dos en compote.

 


Un rayon de soleil qui vaut bien la fonte de toutes les neiges.

 

 

 

 

La-signature-au-bas-de-la-p

 

 


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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 22:00

 

 

Le parc s’étendait derrière la demeure. Alternant petits bois, prairies, verger, potager, il faisait oublier qu’il était un parc. Il recelait une ou deux dépendances  que j’aimais à regarder longuement. Elles semblaient hors d’âge, constituées en des époques successives avec les matériaux trouvés au hasard de travaux variés. Des herbes folles croissaient à leurs flans. Les coquelicots donnaient une touche vive que j’aimais.

 


serre-1.jpg

 

 


Je m’asseyais un livre à la main. L’ouvrais à la page en cours. M’apercevais chaque jour que j’avais avancé d’une ou deux pages depuis la veille, les yeux irrésistiblement attirés par le monde qui bruissait autour de moi.

Des épis chevelus se balançaient accompagnant le mouvement du vent. Les clochettes des aconits s’élevaient à l’ombre d’une immense serre. Surchauffée par la canicule de l’année précédente, sa verrière avait fondu transformant la nef translucide en une œuvre d’art inestimable. Le matériau diaphane s’était distordu et formait des languettes rousses s’articulant de façon gracieuse et inattendue. Je ne me lassais pas de suivre les méandres créatifs nés de l’œuvre du soleil. Sa beauté me bouleversait.

Des fourmis suivaient leur chemin à mes pieds. Je les épiais jusqu’à ce qu’elles disparaissent mystérieusement. J’en étais toute marrie. Je compris que je n’avais pas de vocation d’entomologiste cependant que le grouillement des petites bêtes évoluant parmi graminées et feuillages m’occupait pendant des heures.

 

 


Un jour, je remarquais non loin de mon emplacement un curieux assemblage de bois et de boue. Je n’en comprenais ni l’usage, ni l’origine. Cette structure avait été construite intentionnellement. Je me penchais, examinais précisément l’ensemble. Je crus apercevoir par une fente l’entrée d’une toute petite galerie. Une curieux bulbe translucide plus épais qu'une bulle de savon mais semblant presque aussi fragile la surmontait. Il fermait l'ouverture du boyau souterrain.


Je restais en observation longtemps, n’osant détourner mon regard de la construction. Je guettais vainement ses artisans. Quand le soleil descendit bas sur l’horizon, le fond de l’air fraichit. Je me levai à regret. J’oubliai de jeter un dernier regard à la serre brillant de tous les feux du soleil couchant.

 

 

Serre


Je m’éveillai au milieu de la nuit. Sûre d’avoir vu l’image de la composition de bois et de boue accompagnée de paroles brèves : « Merci de protéger  notre structure. Nous savons pouvoir vous faire confiance. »


Le lendemain matin, tôt, je fus debout de bonne heure. Les sens en éveil. Je courais vers une remise. Y cherchais des tuiles abandonnées. Les apportais, une à une, jusqu’à ma dépendance d’élection. Je les disposais de sorte à cacher l’assemblage de bois et de boue aux regards. Je ménageais deux issues.

J’allais chercher une bûche que je plaçais sur le devant et des grosses branches que j’entassais. Je confectionnais de la boue et en barbouillais les partie de tuiles apparentes. Si une araignée venait parachever mon œuvre, l’ensemble semblerait avoir été en place de tout temps.


Je m’installais non loin. Pour la première fois je n’avais pas emporté mon livre. J’observais par moment ma réalisation. Je n’attendais pas d’en voir ses hôtes. Je pensais qu’ils se présenteraient au moment de leur choix. Je m’adossais confortablement et laissais errer mon regard au hasard des herbes et des plantes qui s’égayaient devant moi. Doucement, mes yeux se fermèrent. J’écoutais les chants des oiseaux nombreux à cette heure. 


Dans ma torpeur, le petit assemblage m’apparut. 

J’entendis : « Ton aide nous a été précieuse. Nous ne pouvons nous montrer. Notre apparence n’est pas perceptible pour tes yeux. Nous venons des couches inférieures de la terre. S’il n’y a plus d’oxygène dans les années à venir, la vie de surface mourra. Nous pourrons alors la remplacer.

C’est très important que tu nous aies aidés à construire notre foyer d’observation. Nous te demandons de t’assurer quand tu viens de son camouflage.»


J’étais heureuse d’avoir participé à ce projet. J’espérais que, de temps en temps, ils viendraient encore me parler dans mes rêves.


Le lendemain, une araignée avait achevé mon œuvre.

 

 


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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 22:00

 

 

 

 

De tout temps, j’avais été rêveur.


Petit, on me retrouvait assis dans les positions les plus étranges, mais aussi à quatre pattes ou allongé, arrêté au milieu d’un mouvement, en plein jeu, le regard ailleurs, peut-être tourné vers l’intérieur.

Etant, par ailleurs, d’un caractère sociable, j’eus de nombreux copains. Mais aucun ne le resta longtemps. Rapidement, ils se lassaient des pauses plus ou moins prolongées qui suspendaient nos jeux. Je ne pouvais malheureusement partager avec eux le motif de ces absences, mes rêves se révélant à l’examen de la conscience tellement fantaisistes qu’ils m’auraient mis à l’écart pour des raisons bien plus graves qu’une simple pause malvenue.


Je grandis avec cette particularité dont je m’accommodais assez bien. Les univers qui m’emportaient étaient autant de voyages merveilleux que nul n’aurait pu m’offrir.

J’appris à cultiver une amabilité, lors de l’achat de ma baguette ou de mon journal, lorsque je croisais ma voisine dans l’escalier. On m’accueillait avec chaleur. Je veillais durant ces moments, que je maintenais brefs, à endiguer le flot de mon imagination afin de ne pas me retrouver en arrêt au milieu de la chaussée à la poursuite de mes histoires intérieures.


Rester à distance m’évitait la douleur des ruptures.


Je choisis un métier solitaire qui me permit d’utiliser ce don singulier et même de le développer. Je fus ainsi le plus heureux des hommes durant de nombreuses années.

 


Cette aventure prit un tour inattendu une après-midi.

 

Je voulus relire Dracula. M’en inspirer. Je me plongeais dans le livre, grappillais à droite et à gauche. L’atmosphère de cet univers m’imprégna bientôt. Je partis sur les ailes de mes propres histoires. Les paysages oniriques étaient  plus riches, nourris des péripéties arrivées à Jonathan Harker.

La force de mes transports intérieurs prit une qualité originale, une texture que je n’avais pas connue à ce jour.


J’émergeais du livre de Bram Stoker  par une grosse porte arrondie en bois brut entourée de flammes bleues. Un large boyau obscur s’enfonçait dans des profondeurs mystérieuses. Un chemin terreux, irrégulier, détrempé s’étalait à l’extérieur. Des barriques, un stère de bois, et des grosses malles recouvertes d’une bâche attendaient qu’on les livre. Je m’efforçai de ne penser ni aux loups ni aux vampires.


Je m’éveillais de ma rêverie. Quelle ne fut ma surprise de voir devant moi, sur la table où je tenais le livre posé sur la tranche un chemin terreux, irrégulier, et détrempé. Des barriques, un stère de bois, de grosses malles recouvertes d’une bâche y reposaient. Une chaude lumière bleue s’élevait tandis qu’une odeur d’ail m’incommodait.


J’entendis un raclement derrière la porte.

 

 

 


 

Book #11 : Gulliver's travels / Les voyages de Gulliver

 

Les voyages de Gulliver de Jonathan Swift - Cliquez ici

Une oeuvre de PIERRE BETEILLE

 

 

  Jeu :

Quavez-vous entendu derrière la porte ?

 

 

D'autres auteurs, d'autres nouvelles : Mil et Une, cliquez ici

 

 


 

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 22:26

 

BOOK #2 - L'idiot / The Idiot 

      DOSTOÏEVSKI L'idiot -  Pierre BETEILLE

      http://www.pierrebeteille.com/

 

 

 

 

Chaque jour de 14h02 à 15h 28, je m’assois à la table de la bibliothèque. Pourquoi à cette heure-là ? Mais parce qu’il faut des règles. Et que celle-ci en est une.


A 13h46, j’examine minutieusement ma bibliothèque que j’ai fort garnie. Je dispose de 16 minutes pour retrouver mon livre du jour. Chaque jour pendant une semaine, je prends un autre ouvrage. Le lundi de la semaine suivante de 14h02 à 15h28, je lis la suite du livre commencé le lundi précédent. Le mardi, je lis le livre entamé le mardi précédent et ainsi jusqu’au dimanche.


Pourquoi cette rotation ? Mais parce qu’il faut une règle.


Tous les jours, de 13h46 à 14h02, je regarde ma bibliothèque et essaie de retrouver le livre du jour.

Je n’ai pas de règle pour ranger le livre du jour et je perds 16 minutes à le retrouver.

Parfois, je ne le trouve pas. Et je ne peux lire parce qu’il n’y a qu’un livre du jour et que l’heure c’est l’heure et quand c’est plus l’heure c’est plus l’heure.

Je prends du retard dans la rotation de mes livres que j’ai soigneusement organisée en fonction de leur taille et de leur temps moyen global de lecture. Tout le planning est désorganisé.

 

Un jour, alors que j’étais devant ma bibliothèque, je m’avisai que le livre du jour était rangé à l’envers. Je n’y prêtais pas attention et commençais ma lecture. Le lendemain, le livre du lendemain était rangé à l’envers ainsi que le livre d’a côté. Je restai un long moment pensif devant le rayonnage. Perplexe, je m’attaquais à la lecture du livre du jour. Des bribes de réflexion incohérentes me traversaient l’esprit. Je ne parvenais pas à en comprendre le sens. Les lettres s’additionnaient sur la page sans former de mots. A 15h28, je rangeai mon livre fort inquiet.

 

Le lendemain, je me dirigeai vers l’étagère, tremblant. Toute la rangée du livre du jour était à l’envers. Je le saisis et n’arrivai pas à en déchiffrer le titre. Je le tournai en tout sens mais rien n’y fit.

Je m’assis à la table. Je fus incapable de savoir en quel sens tenir le livre. Les signes qui le couvraient n’avaient pas de signification pour moi. Je restai assis hébété et me levai sans avoir vérifié l’heure. J’avais perdu la règle.

 

Deux jours plus tard, l’ensemble des livres de la bibliothèque était rangé à l’envers. Il était 14h02 lorsque je pris le livre du jour, le seul à être rangé à l’endroit. Je le lus d’une traite jusqu’à 15h19, refusant d’appliquer la règle. Quand je tentai de me raconter le passage que je venais de lire, je ne me souvenais plus de rien. Des morceaux de mots se promenaient dans ma tête. J’étais perdu dans un dédale de lettre. Un seul mot apparaissait en clair : la règle.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 18:28

cafetière

 

 

 

 

C’est un petit couple.


Lui, toujours derrière elle.


Elle, menue comme une souris.A la voix fine comme une flûte. Si elle pouvait se ranger sur le coin droit de l’étagère à vaisselle, elle prendrait une toute petite place derrière la cafetière.

Et la cafetière se mettrait à parler. Beaucoup. D’une petite voix de flûte énergique qui sait ce qu’elle veut et le dit sans ambages. Parce que c’est comme ça que ça doit être. C’est irréfutable.


La maison tourne au rythme de ses certitudes. Dans un ordre propre qui sent le frais et le bien tenu.

Les repas sont maigres. La viande est chère. Et les moyens sont courts. Lui, il aime bien la viande. Ca lui coûte bien de s’en priver. Elle, elle s’en passe volontiers. Il n’a qu’à aimer autre  chose. Du pas cher. Elle a choisi d’autoriser la bière. On ne peut pas se priver de tout. Ils boivent de la bière et boudent l’étal du boucher. C’est comme ça que ça doit être.

 

Aujourd’hui, c’est le jour  de lessive a-t-elle dit. Il y a le nombre de serviettes sales. Pour le diner, on va mettre les verres bleus qui vont avec les assiettes à soupe.


De jour en jour, il s’amenuise à la suivre sans la contrarier et sans pour autant la rendre gaie. De devoirs en « il faut », de « c’est comme ça » en « tu ne m’écoutes pas », il se tasse, se rétracte, se réduit. Un jour, il se glisse dans la cafetière, juste devant la petite voix énergique. Il n’en sort plus. Elle appelle, objurgue, retourne la cafetière, secoue. Elle s’assied en tailleur et la coince entre ses jambes. L’admoneste, le supplie.


« J’aime ta voix, dit-il au bout de trois jours Parle-moi encore »


Elle attache la cafetière dans son dos, comme les jeunes mères africaines portent leur bébé. Et elle continue à dire ce qu’il y a à faire, la lessive, les verres bleus, la vaisselle et pas de viande. Il est devenu si petit au fond de la cafetière que ses paroles à elle suffisent à le nourrir.

 

 

 


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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 20:43

 

 

 

 

 

 

 

J’ai un grand sachet de dessins sucre d’orge

Je les ai roulés en petites boules

Ils prennent moins de place

Et puis ça chatouille dans le creux de la main.

J’emporte toujours une ou deux petites boules avec moi,

Parfois plus, ça dépend des jours.

Et quand l’orage se lève, que ça gronde, que ça tonne,

Je les sors de ma poche et je les déroule,

Ils me font un grand paravent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 18:35

 

 

 

 

 

 

Ce soir, quelques mots me regardent.


Je les entends. Ils parlent de choses simples.

Ils sont une rivière qui glisse,

A pas aisés.

Ils disent le silence et le calme

Le ciel et le dehors,

L'intérieur et la vie paisible.


Ils parlent d’un canapé rouge

Et d’un livre qu’on a aimé.

Ce soir, quelques mots me regardent.


Mes doigts, sur les notes du clavier,

Ont marché à pas légers.

Et j’entends les lettres qu’ils ont tracées

Sur l’écran allumé.


Ce soir, quelques mots me regardent.

 

 

 

 

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