L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
Récemment, je vous ai proposé d'effeuiller le quotidien en ligne indépendant Médiapart. Aujourd'hui, je vous présente le site "Arrêt sur Images" créé et dirigé par Daniel Schneidermann, ancien du Monde et de France 5. Les seules ressources du site sont constituées par les abonnements des internautes de 40€ par an afin de garder une indépendance réelle et totale par rapport à tous les pouvoirs, institutions, entreprises, annonceurs, ou aux autres médias.
L'émission se destine au décodage des images de télévision et de tous les médias, ce qu'elles disent à côté des mots. Cette relecture des images est complètée dans certains domaines (critique littéraire, économie) par un travail de recherche, d'interview et de débat et comble lacunes et non-dits. A côté des émissions, le site offre dossiers et chroniques.
Un site pour s'interroger, réfléchir et voir au-delà des apparences et des manipulations.
La Chronique de Daniel Schneidermann du 07.03.2012 s'intitule "la règle et le garnement". Je vous propose de la déguster.
" Enfin. Enfin, cinq ans après, dans les cordes, à deux doigts de la porte, après kyrielle d'avertissements, le garnement tend ses doigts pour recevoir les coups de règle. Le fouquet's, il n'aurait pas dû. Le yacht, il n'aurait pas dû. Casse toi pauv'con, il n'aurait pas dû. Son fils à l'EPAD, il n'aurait pas dû. Mais c'est pas ma faute, Madame Monsieur. Je savais pas qu'il fallait pas. Je pensais pas que ça ferait tant de barouf. Et puis j'avais la t^ete ailleurs : ma famille explosait. Le fouquet's, le yacht, c'était pour reconqu"rir Cécilia.
On est partagés. D'un côté la compréhension, bien entendu, la compréhension à l'usure, car tout le monde est fatigué de lui. OK, qu'on écoute ses explications, qu'on le considère quitte s'il le veut, qu'on lui montre la porte, et qu'on l'oublie. Qu'on l'oublie vite. Qu'on oublie ces cinq ans, pendant lesquels on ne pouvait plus regarder notre pays en face. Disons que ce fut un malentendu, et tournons la page, et parlons enfin de l'Europe, de l'Allemagne, du réchauffement, de la croissance, du nucléaire, du protectionnisme, reprenons les choses sérieuses.
Quand on pense qu'il aura fallu cinq ans, pour que Pujadas ose saisir sa règlette ! Ce qu'il ne faudra pas oublier, ce qu'il faudra autopsier un jour, c'est l'aveuglement volontaire médiatique, qui a rendu possible ce cauchemar national. C'est, chez nous, parmi les journalistes, ce noeud de confort et de conformisme, de terreur et de servilité, qui a dissimulé au pays, avant et après 2007, le vrai visage du voyou. Comment d'autocensure en silence, il advient qu'on peut un jour, dans un vieux pays démocratique, et devant les corps constitués, ceindre le grand collier de la légion d'honneur à Scarface, ou, si l'on est indulgent, à Billy the kid."