L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
Là-haut, où le terrain prend fin, à la lisière de la forêt de châtaigniers, elle a établi son nid avec son compagnon. Où exactement, je ne sais pas. Mais je les entends souvent dans le laurier cerise qui marque le début des bois.
Le merle se fait remarquer. On peut même dire qu’il peut être tapageur quand, gouaillant à tout va, il prend son envol dans un tumulte vocal qui ne passe pas inaperçu. Est-ce l’oiseau le plus mal élevé du coin ? Je pense que oui, puisqu’actuellement, il n’y a pas de pies pour lui faire concurrence.
S’il peut réveiller la torpeur de la prairie, jouant les m’a-tu-vus en interrompant l’harmonie du chant des autres habitants des arbres, il est également capable de ravir nos oreilles de son chant. Et nous voila tout étonnés de croiser le même oiseau qui hier jouait les importuns désagréables, qui aujourd’hui nous convie à un concert de qualité exceptionnelle.
... Le voila au sol.
Il est descendu du faîte du toit d’où il régale les environs de ses mélodies pour retourner anarchiquement les feuilles qui jonchent le parterre sous le cerisier. Il picore de ci de là comme pour jouer. Il est difficile de le prendre au sérieux. Il fait du bruit, fait voler les feuilles autour de lui, démonstratif, un rien persifleur. Pourtant, son art consiste à mettre à jour la pitance qui se cache sous les feuilles. Il ne joue pas, il chasse. En tapotant le sol, il fait monter les vers de terre qu’il gobe goulument. Dans le compost naissant des feuilles mortes, il recherche limaces et escargots. Il ne dédaigne pas les araignées.
C’est surtout en automne et en hiver qu’il gobe les baies sauvages, quand ses proies se font rares. A sa façon désordonnée et maladroite, il se nourrit ainsi que ses petits.
Les jeunes pousses de semis l’intéressent vivement. Laissée sans protection, elles le tenteront irrésistiblement. Un coup de bec par ci, un coup de bec par là. S’il reste une pousse à repiquer, ce sera tout. Cette fois, c’est la curiosité qui le guide. Mais n’est-elle pas la première démarche d’éveil de l’intelligence ?
Le merle fait penser au mauvais élève de la classe, brouillon et agaçant. Mais sans lui, nous perdrions l’une de nos plus belles voix.