L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
- Dis, grand-père, c’est quoi l’herbe ?
- J’ai oublié son odeur. Je me rappelle, elle était souple et verte. Mais je ne sais plus où en trouver. Notre terre est propre maintenant et facile à entretenir. L’herbe ça poussait tout le temps et partout. Il fallait la couper et la pourchasser dans les moindres fentes.
- Pourquoi on la pourchassait ? Elle était dangereuse ?
- …
- Pourquoi on la pourchassait ?
- Les hommes n’aiment pas la liberté. Ils n’aiment pas ce qui est vivant et leur échappe. Ils veulent décider de l’aspect de la terre. Les herbes et les plantes ne se pliaient pas à leur volonté jusqu’à ce qu’ils les éliminent.
L’enfant regarde le lointain, les colonnes de béton devant lui. Ses yeux se font rêveurs. Puis, il dit :
- Dis grand-père, c’est quoi un rossignol ?
- C’est un vieux mot d’argot qui signifie un bien sans valeur.
- Mais j’ai lu que ça chante le rossignol.
Alors les yeux du grand-père se teintèrent de nostalgie…
La colère le submergea :
- Ils ont tout vidé ! Les airs et tout ce qui y volait, la terre avec ses prairies, ses forêts, ses lacs, ses rivières remplis de millions de petites bêtes et de grandes aussi. Ils ont tout vidé jusqu’au fond des mers, cria-t-il avant que de profonds sanglots le submergent.
- Grand-père, Grand-père, disait une petit voix triste.
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Avec eux, ne les laissons pas vider l'océan