L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
10 heures.
Coup de sonnette. Aujourd’hui, il est l’heure pile poil. Ce matin,
l’enjeu est important.
Dans son pays, loin là-bas tout au bout de l’Océan en Afrique, un rendez-vous donné à 10 heures signifie que l’on va se retrouver à midi.
10 heures. Il est là. Il a réussi à économiser suffisamment d’argent
de poche donné chaque mois par l’Aide Sociale à l’Enfance pour pouvoir acheter un ordinateur de base. Ordinateur de base parce
que c’est ce que toutes ses économies lui permettent d’acheter,
mais aussi parce qu’aujourd’hui l’ordinateur est la base des études.
A sa demande, nous allons l’accompagner dans son achat.
Cela fait un an que nous avons fait sa connaissance. Cela fait un
an qu’il a sollicité la possibilité de venir chaque samedi matin bénéficier d’un soutien scolaire, d’une ouverture sur le
fonctionnement de la société française, sur ses traditions, ses
règles. Un dialogue s’établit à trois, riche et passionnant. Il montre
une curiosité et une intelligence vive.
Ses objectifs sont d’intégrer les règles de la culture française et d’accéder à un métier qui lui permette de se prendre en charge
et de prendre sa place.

Quelques recherches sur internet et quelques magasins plus tard,
nous sommes de retour. Il brandit une mallette en carton à la main.
L’installation d’un antivirus lui permet de repartir avec un
ordinateur fonctionnel avant une nouvelle séance d’installation
de logiciels prévue pour le dimanche de Pâques.
Il s’absente mystérieusement dans l’après-midi, évoquant
un rendez-vous et nous demandant à revenir le soir.
Il est orphelin. Sa mère est morte alors qu’il avait 7 ans. Son père
a été tué en raison de son engagement dans un parti politique d’opposition. Il ne connait personne en Europe. Et n’a plus de
famille dans son pays. Il a 19 ans.
16 heures. Il arrive. Accompagné. Il nous présente son amie. Et
nous informe qu’il a une relation avec elle depuis longtemps déjà.
Je suis émue.
Nous sommes devenus sa famille.