L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
Je la vis descendre les quelques marches du perron.
La regarder, s’envoler légère, au-dessus de l’escalier,
Se poser dans l’allée du jardin,
Etait un ravissement.
Son pied, qu’elle avait menu et gracieux,
Se lovait sur le sol dans un mouvement souple.
Elle ceignait sa cheville d’un bracelet liane
Qui en soulignait la finesse.
Elle sortait ce soir comme tous les soirs
Portant un fourreau fluide qui la moulait sans exagération.
Une de ces choses extrêmement réussies, à la taille basse.
Les courbes discrètes de son long corps
Dessinaient la structure du tissu
En un plissé aérien.
Encore une fois, elle m’échappait.
Rien n’avait été dit entre nous.
Et rien ne serait dit.
Je restai ainsi à l’observer depuis la fenêtre.
Elle s’échappait soir après soir
Pour aller se jeter dans les bras d’inconnus
Toujours autres.
Elle revenait de ses échappées sensuelles et tendres,
conquise.
Ses yeux langoureux brillaient d’un éclat sauvage.
Le parfum de sa peau mêlé aux effluves de transpiration
Trahissait l’embrasement de sa passion.
Elle était désirable à me rendre fou.
Je retenais une longue plainte.
Ne disais rien.
La regardais se déshabiller
En longs mouvements coulés.
C’est elle qui orchestrait nos échanges.
Et pour le moment,
Elle n’était pas décidée à m’écouter.
Elle enlevait ses atours
Qui s’étalaient sur le sol.
Elle s’éloigna vers la baignoire.
Le métronome de ses fesses arrondies
Se balançait de gauche à droite,
De droite à gauche.
… J’entendais le clapotis de l’eau
Qui la nimbait de son voile translucide…
… Elle s’approchait enfin de moi.
Nue, elle avança ses longs doigts
Et les posa sur mes touches noires et blanches
avec dextérité.
Toutes mes fibres se mirent à vibrer,
M’autorisant à lui dire combien je l’aimais.
Cette nuit, elle m’entraina
de son touché ferme et puissant
Dans l’alcôve de Roméo et Juliette
Où, pour elle, je mourrais d’amour.
Le Piano Aqueux - Catherine Alexandre ICI