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L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.

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La porte est ouverte

 

 

 

 

 

 

 

 

Il a 16 ans. C’est presqu’un homme.

Sa taille élancée lui donnerait

une belle prestance

si ses épaules n’étaient affaissées.


Il arrive de la mer.

Il est amaigri, affaibli,

la nourriture s’étant faite

de plus en plus rare

à mesure de la traversée.

 

 

Pour payer son voyage,

il a ramé, ramé jusqu’à l’épuisement.

Le fouet martelait ses épaules,

comme celles de ses compagnons.

C’est ainsi.

 

 

 

 


ILa-porte-ouverte-2.jpgl a fui les guerriers sanguinaires

qui dévastent le pays

et ont tué son père et sa mère.

 

Il n’a plus personne au pays.

 

La terre n’y donne plus.

La famine sévit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On dit que sur cette terre où il vient d’aborder,

c’est l’opulence.

 

Il n'y connait personne.

Il ne connait que très peu la langue.

 

Son regard erre sur le port.

Comment peut-il faire ?

 

 


Au moment de la bousculade

à la descente du bateau,

il s’est fait voler le peu d’argent

qu’il avait pu emporter.

 

 

 

 

Les maisons le regardent,

sans aménité.

 

 

 

 


La-porte-ouverte.jpgIl traverse l’espace qui le sépare

d’une auberge

et hèle un groupe

qui s’interpelle joyeusement

sur le pas de porte.


Un rire méprisant répond à sa demande.

 

 

 

 

 

On a autre chose à faire

que de s’occuper des mendiants du port.

 

 

 


Il s’éloigne

et va s’asseoir contre un arbre

dressé

un peu plus loin de là.


Il cache ses yeux dans ses mains.

De lourdes larmes

tracent des sillons le long de ses doigts.

 

 

 

 

 

Une main douce se pose sur son épaule.

« Petit »

Il hésite à lever le visage.

Il n’aime pas montrer qu’il pleure.

« Petit ! Suis-moi. Je vais te servir un repas.»

Il retrouve son âge.

 

Que risque-t-il ?

 

La-porte-ouverte-3.jpgElle l’accueille dans la grande salle à manger où crépite un feu.

La lueur dansante des flammes

illumine la salle d’une chaude lumière orangée.

Elle lui sert une écuelle de la soupe

                               qui ronronne sur le feu.

 

« Quand tu auras fini,

tu iras chercher de l’eau au puits.

Tu la mettras à chauffer.

Tu as plus que besoin d’un bon bain.

 

Quel âge as-tu ?»

 

« 16ans »

 

Il lui raconte le pays là-bas, très loin

de son français mal assuré.

Elle lui fait répéter,

pose des questions pour comprendre.

C’est difficile.

Les expressions ne sont pas les mêmes.


La façon de penser, de dire, diffèrent.

 

Il s’explique, raconte,

petit à petit se détend.

Cette douceur est si bonne, si nouvelle.

 

 

 

 

 


Elle l’installe dans une petite pièce

qui ne servait plus.

De jour en jour, la confiance s’installe.

Une relation nait. Forte.

 

 

 

 

 


Elle a perdu son fils, il y a deux ans.


Tout cet amour qu’elle avait pour lui, bouillonnait en elle sans issue.

Comme une blessure

qui se creuse de ne pouvoir s’offrir.

 Il sort d’abord prudemment 

en un petit filet timide

qui s’en va grossissant.

 

Elle fera tout son possible

pour lui permettre de s’installer ici

et d’y avoir une vie décente.

 

 

Même si l’"Administration" n’aime pas ça l’étranger.

Et n’aime pas les gens

qui aident l’étranger.

Et puis même si des citoyens

n’aiment pas ça non plus

l'étranger

et seraient prompts à le dénoncer à l’"Administration".

 

Elle va l’aider

d’abord parce que c’est dans son tempérament

et dans ce qu’elle trouve bien.

Et puis,

parce qu’elle commence à sacrément l’aimer ce garnement.

Et quelles que soient les embûches.

 

 

 

 

 

Elle sollicite ses relations de confiance.

 

Quelques mois plus tard,

l’ « Administration » remplit son office, cumulant les obstacles

à une installation stable.

Ils rencontrent des mufles,

des irresponsables, des inhumains.

Et puis,

ils rencontrent du soutien

et de la solidarité.

 

 

 

 

 

Et puis, il y a cet ami.

Il emploie le jeune homme

qui ne rechigne pas à la tâche,

soucieux de rendre de son mieux

l’attention qui lui est offerte.

 

 

Ils sont quatre à table à midi

aujourd’hui.

Ils sont tous venus partager

le repas chez leur maman

comme ils disent.

 

Plus d’un a pleuré sur son épaule

aux moments de découragement

parce que la peur d’être renvoyés

était trop forte.

 

 

 


La-porte-ouverte-1.jpg

 

 

 

 

Ici, c’est leur chez eux.


Ils vont, ils viennent.


La porte est toujours ouverte.

Il y a toujours une paillasse pour dormir.

 

 

 

 

 

    Ils sont venus de la mer pour créer

une cathédrale

avec elle

contre tous les refus et pour un sourire.

 

Ça se passe aujourd’hui ou hier.

Ça traverse le temps,

comme les cathédrales .

 

 

 

 

la-porte-ouverte-1


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P
<br /> Je reviens chercher cette cathédrale d'empathie, celle qui fait défaut à de nombreux cœurs.<br /> Tant qu'il y a des hommes et des femmes de cet acabit, je relève la tête.<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> Isl tiennent entre leurs mains<br /> <br /> <br /> Une flamme de vie<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> C'est très beau. Anachronique. Frissonant.<br /> <br /> <br />
Répondre
L
<br /> <br /> Une histoire de tous les jours<br /> <br /> <br /> Aussi, en France, aujourd'hui.<br /> <br /> <br /> <br />