L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
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Le début du printemps est une fête pour moi. Je cherche entre les feuilles mortes l’émergence des nouvelles pousses. Qui sera au rendez-vous ? Depuis cette année, je couvre la terre et les plantes de feuilles ramassées dans les parcs, en forêt pour les protéger du froid en hiver, de l’érosion, de la sécheresse en été.
Le jardin a eu froid cet hiver. Je surveille, je suppute. Cette plante a disparu. Celle-là est une promesse. Cette autre, encore attendre. Trop tôt pour savoir.
Je ressors mes livres, vieux compagnons de route indispensables. Je choisis les remplaçantes. Fébrile, je tourne les pages, lit les indications d’exposition, de sol, le durée des floraisons. Bouscule, dans ma tête, celle-ci ou celle-là pour avoir encore une place.
Mon jardin, à cette période, me parait trop petit. Il y a tant de plantes qui n’y trouveront pas place.
Je file dans les pépinières avec ma caisse pour ranger les godets. Elles sont là devant moi, celles que j’ai relevées dans mes livres et toutes les autres aussi. Je prends les godets, lit les informations, évalue la place dans le jardin, la hauteur adaptée, l’ensoleillement.
Du concentré de bonheur !
Il y a les semis aussi. Un autre monde. Je te raconterai si tu veux. »
Je sens sa joie. J’ai bu ses paroles, captivée. Je regarde mes enfants. Ils ont entrepris de cacher à nouveau leurs œufs. Ils rient, se chamaillent. Sophie se lève. Leur montre comment éviter de piétiner une hémérocalle. Elle leur parle de corolles jaunes comme le poussin de Pâques.
« Je crois que j’aimerais aussi avoir un jardin »
- Je peux te présenter à Madame Trautars. C’est une vieille dame qui ne peut plus travailler la terre. Elle habite un peu plus loin. Son jardinet est à l’abandon. Si tu veux faire un peu de légumes, elle te sera d’un grand secours pour commencer. Moi, ce sera plutôt les fleurs.
Deux ans plus tard.
- Une batavia, du persil, 500 grammes de carottes, un panais, un kilo d’Elstar. Voila Madame Palombe. 5€40 s’il vous plait. Un petit peu d’aneth ?
Je me suis prise au jeu de la terre. J’y ai découvert des odeurs, des goûts, des couleurs. L’attente. Le mystère.
La vie.
Ce grouillement sans fin m’absorbe. Je me réjouis d’y contribuer par mes semis, mes boutures, mes marcottages.
J’ai appris la fragilité. L’eau douce qui se dégrade. La terre stérilisée par les produits. J’ai appris à protéger. Je prends mon vélo maintenant. J’associe les plantes entre elles pour qu’elles se protègent mutuellement. Je compte sur les hérissons pour les limaces, sur les oiseaux pour les pucerons.
Je travaille chez le maraîcher qui livre le marché.
Hier, Sophie est passée. Elle m’a dit :
« Je suis devenue contemplative. De mon jardin. C’est comme un dialogue avec les plantes, les insectes, les oiseaux. »
« Les araignées m’ont apprivoisée. » ai-je répondu.
C’est bientôt Pâques. Sophie sera partie.
J’ai invité Mélanie avec ses enfants à chercher les œufs dans le jardin.