L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
Vous êtes plus d'un à avoir manifesté votre indignation en découvrant
la politique de chasse aux étrangers pratiquée actuellement en France.
Il m'apparait ainsi que l'information que je peux faire est utile.
Je la renouvellerai tant que les traitements dangereux et inhumains
se prolongeront à l'égard des étrangers en France.
Je publie ici de larges extraits d'une lettre écrite par Le Réseau
Education sans Frontière en réponse à l'invitation du Ministre
de la police.
Le Réseau est un mouvement né de la révolte de parents qui ont vu
les copains de classe de leurs enfants disparaitre brutalement
parce qu'ils venaient d'être expulsés.
Un mouvement de solidarité et de soutien aux familles et jeunes mineurs isolés en attente de titre de séjour, donc menacés, s'est
fait jour.
Si vous souhaitez me poser des questions, j'y répondrai avec le plus de précision possible.
Lettre au ministre
Réseau national des militants,
collectifs d’établissements, syndicats et associations
pour l’information et le soutien
aux jeunes scolarisés étrangers sans papiers
Le 17 décembre 2010
Monsieur le Ministre,
Vous avez souhaité rencontrer le Réseau Education Sans Frontières, RESF.
Le Réseau dans sa diversité aussi bien géographique que philosophique, politique, spirituelle, refuse de désigner en son sein quelque représentant que ce soit pour venir au ministère.
Le gouvernement que vous servez et vous-même avez pris le parti d’une politique du rejet de l’étranger, (...)de l’expulsion à tout prix avec des objectifs précis fixés préfecture par préfecture, prime de résultat à l’appui. (...). Vous avez choisi de devenir ce que nous appellerons « ministre de la Rafle et du Drapeau », vous l’avez fait, avez-vous dit, « sans état d’âme ». (...)
(...) Vous déclarant « fiers de nos valeurs », », de notre pays qui est à l’origine de la Déclaration des Droits de l‘Homme, qui a ratifié la Convention européenne, la Convention internationale des droits de l’enfant. (...) vous en usurpez le prestige dans le même temps que vous les bafouez en menant une politique qu’il faut bien qualifier de xénophobie d’Etat. La multitude de cas inhumains que vous avez assumés est trop longue pour qu’il soit possible d’en faire la liste.
Enfants en rétention, familles brisées par l'expulsion d'un ou de plusieurs des leurs, lycéens expulsés en cours d’études sont hélas des démentis vivants et désespérants de vos paroles. Ni les expulsés, ni leurs proches, ni leur entourage, ceux qui les rencontrent tous les jours à l’école, au travail, ne peuvent croire que ce soit cela une politique humaine. Ils savent en outre que vous avez été alerté sur chacun de ces cas et que votre humanité ne s’est pas manifestée.
Après les évènements de cet été,(...) nous voyons bien que si votre politique s’est modifiée, c’est pour le pire, le renforcement de la xénophobie et la banalisation de la plus grande brutalité en paroles et en actes. Nous n’en prendrons qu’un seul exemple concret, celui d’Ardi, jeune garçon de 15 ans très lourdement handicapé, que la police est allée chercher dans un centre de soins spécialisés et qui a été expulsé par le ministre Besson. Mais, à notre connaissance, vous n’envisagez pas son retour en France, bien que l’état de santé de ce jeune se dégrade de jour en jour.
Vous allez défendre la loi concoctée par votre prédécesseur (...) Il bafoue la notion d'accès équitable à la justice garantie par la Convention européenne des droits de l'Homme. Il utilise le prétexte de directives européennes pour banaliser et aggraver l'enfermement, il construit une société fondée sur la peur et le rejet de l'autre stigmatisant les étrangers et les français d'origine étrangère. (...)
Et nous, RESF, nous n’existons que parce que nous avons le soutien et l’aide des citoyens ordinaires que votre politique révulse. Vous pouvez poursuivre des hommes et des femmes pour délit de solidarité, mais vous ne pouvez pas en brider l’expression journalière. (...)
Monsieur le ministre, votre politique est insoutenable car nous, citoyens, nous sommes nombreux, conjoints, enfants ou petits enfants de migrants. Nous avons des conjoints, qui sont des migrants. Le président de la République lui-même est enfant de migrant. C’est cela la population de la France aujourd’hui et vous n’y pouvez rien changer.
(...) Nous voulons que cessent la chasse aux « sans papiers », l’enfermement de parents et trop souvent d’enfants dans les centres de rétention, la négation quotidienne de droits fondamentaux comme l’asile, le logement, le travail, l’accès aux soins... Nous voulons que cessent les poursuites contre tous les militants de la solidarité et ceux qui dénoncent le caractère inhumain et régressif de votre politique.
C’est pour toutes ces raisons que nous ne donnerons pas suite à votre demande. Nous n’irons pas faire semblant d’être consultés alors que votre politique, déjà tracée et bien connue, va à l’inverse de ce que nous réclamons.
Réseau national des militants,
collectifs d’établissements, syndicats et associations
pour l’information et le soutien
aux jeunes scolarisés étrangers sans papiers
http://www.educationsansfrontieres.org/
