L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
LOPPSI, la voix de l’Etat qui gouverne la France actuellement, n’a rien de doux et de féminin. Cette loi, de son état civil complet, «loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure » est la 11ème loi dite de sécurité depuis l’arrivée de Chirac au pouvoir, en 2002. Les travaux des Commissions et de vote dans les deux chambres suivent une lente marche inexorable depuis 2007.
« Les Français sont un peuple de voyous, qu’il faut surveiller, filmer, museler.
Les Français et les étrangers sont de dangereux individus dont l’Etat doit se prémunir par tout un arsenal de textes juridiques et des moyens défiant parfois la démocratie» pourrait dire la charmante Loppsi si les Guignols s’en emparaient.
«Cette loi nous paraît extrêmement dangereuse et très régressive. Elle correspond à un projet de société dont on ne veut pas, portant sur le contrôle et la répression généralisés » en disait le 21.12.2010 Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la magistrature.
Certains juges s’élèvent contre la perte progressive de l’essence même de la justice en France. Il ne s’agit plus de s’appuyer sur la loi en prenant en compte les circonstances particulières du délit et la personnalité de l’accusé, il s’agit soit d’appliquer des peines planchers sans nuances ou des directives venues d’un état que le respect de la démocratie semble de plus en plus déranger.
Serge Portelli dit le 08.09.2010 dans son blog Chronique de l’humanité Ordinaire
« La fonction de juger est un des piliers de la démocratie : elle exige que tout citoyen soit jugé en tant qu’individu, en tant que sujet de droit, et non comme un simple objet, comme une abstraction. La proposition que le gouvernement s’apprête à faire voter à la sauvette (la peine plancher) constitue une atteinte grave aux principes démocratiques et à la nécessaire séparation des pouvoirs. Tous les défenseurs des valeurs républicaines doivent en prendre conscience. »
Jean de Maillard venait d'être démis de ses fonctions de président du tribunal correctionnel d'Orléans en août 2010. Il est enseignant, expert, il écrit des articles et des livres -dont l'un a reçu un Grand prix de philosophie de l'Académie française- pour décrire et questionner l'évolution de la délinquance et du système judiciaire. Il explique :
« Un juge du siège peut, comme je le suis aujourd'hui, être déplacé au sein d'un même tribunal, on peut lui ôter d'un seul coup ses attributions uniquement parce que ses décisions déplaisent, au gré d'une campagne de presse ou des plaintes secrètes de la police ou du parquet, voire sur des instructions obscures dont il ne peut connaître l'origine. »
Faut-il en tirer la conclusion que le pouvoir n’aime pas les magistrats qui réfléchissent ? L’indépendance de la magistrature a-t-elle encore une signification aujourd’hui ?
Loppsi dévoile aujourd’hui ses atours devant l’aréopage des sénateurs.
Elle offre un régime de faveur aux étrangers, il ne suffisait pas de la loi Besson pour leur créer des conditions de vie plus difficiles. Loppsi a quelques intentions pour eux. Ainsi, la mise à mal de la démocratie va se traduire par le retard de l’intervention du Juge des Libertés, soit dans un certain nombre de situations son éviction complète. Les « délinquants » des Centres de Rétentions Administratives ont pour seuls délit de n’être pas nés en France, d'être dépourvus de carte d’identité française et de vouloir y vivre. On se doute qu’ils fuient des conditions de vie extrêmement difficiles voire insoutenables dans leur pays d’origine.
Ces prisonniers des CRA , parfois de jeunes enfants, n’auront souvent plus la possibilité d’introduire une demande de titre de séjour avant d’être brutalement confinés au fond d’un avion derrière une haie de colosses menaçants. C’est assez dissuasif pour les éventuels passagers qui voudraient s’insurger contre l’éloignement, dit-on aujourd’hui, plus les méthodes sont inhumaines plus les termes employés les travestissent, de cette jeune femme africaine malingre avec ses deux enfants, ou ce jeune homme de 16 ans qui aurait droit à la protection du juge des enfants et dont la préfecture a contesté l’âge sans preuve. Il vient d’une dictature sanglante. Son père a été assassiné par le pouvoir en place. On n’en entendra plus parler.
C’est bien ce que permet l’éviction du Juge des Libertés. Qu’on en entende plus parler de tous ces étrangers. Et que l’administration puisse faire régner son arbitraire en toute quiétude.
Elle permet aussi le maintien dans ces prisons d’hommes et de femmes qui que la loin'autorise pas à y enfermer. Les juges des détentions et de la liberté libèrent des personnes tous les jours. Ils n’auront plus la possibilité de s’opposer au détournement de la loi par l’administration.
Votre nom de famille à vous, il sonne comment ? Et votre grand-mère, elle vient d’où ?
Cette loi part de droite et de gauche. Elle touche à tout : L’autorisation pour la police du net de mettre des chevaux de Troie dans votre ordinateur, la destruction de toutes les habitations de fortune (tentes précaires, squat) sur décision arbitraire du préfet applicable dans les deux jours et sans relogement (où vont dormir ces personnes éventuellement avec enfants), le bracelet électronique pour le récidiviste et l’étranger, (à quand pour l’excès de vitesse ou le stationnement interdit), le fichage généralisée de la population française, vous, moi, par les services de police, pratique déjà fortement répandue et qui va encore s'étendre (Aujourd'hui, il vaut mieux ne pas perdre son portefeuille)…
Pour en savoir plus :
Sécurité : l'Assemblée adopte la Loppsi 2

VEILLEE AU FLAMBEE
Jeudi 20 Janvier 18h00
devant le SENAT - Angle de la rue Condé
APPORTER DE QUOI FAIRE DE LA MUSIQUE
ET DE LA LUMIERE