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L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.

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Nouvelle inédite : Caché au fond du parc

 

 

Le parc s’étendait derrière la demeure. Alternant petits bois, prairies, verger, potager, il faisait oublier qu’il était un parc. Il recelait une ou deux dépendances  que j’aimais à regarder longuement. Elles semblaient hors d’âge, constituées en des époques successives avec les matériaux trouvés au hasard de travaux variés. Des herbes folles croissaient à leurs flans. Les coquelicots donnaient une touche vive que j’aimais.

 


serre-1.jpg

 

 


Je m’asseyais un livre à la main. L’ouvrais à la page en cours. M’apercevais chaque jour que j’avais avancé d’une ou deux pages depuis la veille, les yeux irrésistiblement attirés par le monde qui bruissait autour de moi.

Des épis chevelus se balançaient accompagnant le mouvement du vent. Les clochettes des aconits s’élevaient à l’ombre d’une immense serre. Surchauffée par la canicule de l’année précédente, sa verrière avait fondu transformant la nef translucide en une œuvre d’art inestimable. Le matériau diaphane s’était distordu et formait des languettes rousses s’articulant de façon gracieuse et inattendue. Je ne me lassais pas de suivre les méandres créatifs nés de l’œuvre du soleil. Sa beauté me bouleversait.

Des fourmis suivaient leur chemin à mes pieds. Je les épiais jusqu’à ce qu’elles disparaissent mystérieusement. J’en étais toute marrie. Je compris que je n’avais pas de vocation d’entomologiste cependant que le grouillement des petites bêtes évoluant parmi graminées et feuillages m’occupait pendant des heures.

 

 


Un jour, je remarquais non loin de mon emplacement un curieux assemblage de bois et de boue. Je n’en comprenais ni l’usage, ni l’origine. Cette structure avait été construite intentionnellement. Je me penchais, examinais précisément l’ensemble. Je crus apercevoir par une fente l’entrée d’une toute petite galerie. Une curieux bulbe translucide plus épais qu'une bulle de savon mais semblant presque aussi fragile la surmontait. Il fermait l'ouverture du boyau souterrain.


Je restais en observation longtemps, n’osant détourner mon regard de la construction. Je guettais vainement ses artisans. Quand le soleil descendit bas sur l’horizon, le fond de l’air fraichit. Je me levai à regret. J’oubliai de jeter un dernier regard à la serre brillant de tous les feux du soleil couchant.

 

 

Serre


Je m’éveillai au milieu de la nuit. Sûre d’avoir vu l’image de la composition de bois et de boue accompagnée de paroles brèves : « Merci de protéger  notre structure. Nous savons pouvoir vous faire confiance. »


Le lendemain matin, tôt, je fus debout de bonne heure. Les sens en éveil. Je courais vers une remise. Y cherchais des tuiles abandonnées. Les apportais, une à une, jusqu’à ma dépendance d’élection. Je les disposais de sorte à cacher l’assemblage de bois et de boue aux regards. Je ménageais deux issues.

J’allais chercher une bûche que je plaçais sur le devant et des grosses branches que j’entassais. Je confectionnais de la boue et en barbouillais les partie de tuiles apparentes. Si une araignée venait parachever mon œuvre, l’ensemble semblerait avoir été en place de tout temps.


Je m’installais non loin. Pour la première fois je n’avais pas emporté mon livre. J’observais par moment ma réalisation. Je n’attendais pas d’en voir ses hôtes. Je pensais qu’ils se présenteraient au moment de leur choix. Je m’adossais confortablement et laissais errer mon regard au hasard des herbes et des plantes qui s’égayaient devant moi. Doucement, mes yeux se fermèrent. J’écoutais les chants des oiseaux nombreux à cette heure. 


Dans ma torpeur, le petit assemblage m’apparut. 

J’entendis : « Ton aide nous a été précieuse. Nous ne pouvons nous montrer. Notre apparence n’est pas perceptible pour tes yeux. Nous venons des couches inférieures de la terre. S’il n’y a plus d’oxygène dans les années à venir, la vie de surface mourra. Nous pourrons alors la remplacer.

C’est très important que tu nous aies aidés à construire notre foyer d’observation. Nous te demandons de t’assurer quand tu viens de son camouflage.»


J’étais heureuse d’avoir participé à ce projet. J’espérais que, de temps en temps, ils viendraient encore me parler dans mes rêves.


Le lendemain, une araignée avait achevé mon œuvre.

 

 


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A
Le parc que tu décris me rappelle exactement un autre parc ou enfant, je trouvais refuge.
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