L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
Les enfants se sont égayés dans la cour. Leurs cris se pourchassent en une cacophonie mouvante. Comme des coups d’archets découpant l’air. Ils s’élancent, retombent, s’enlacent, rebondissent en un ballet improvisé.
Près de l’arbre, les enfants sont plus calmes. Assis par terre, ils émettent un babil doux et clair. Ils regardent en l’air dans la même direction. Les maîtresses sont imperméables à l’étrange changement. Les sons s’organisent comme guidés par la baguette d’un chef d’orchestre. Une rumeur ascendante s’unit pour former une colonne vibrante. L’air y devient épais.
Petit à petit, quelques tiges apparaissent, vertes et translucides. Elles sont de plus en plus nombreuses. Elles constituent bientôt une gerbe de blé qui aurait perdu ses épis.
Des groupes d’élèves se rapprochent. Ils s’apaisent. Debout les uns contre les autres. Leurs yeux fixent les tiges translucides. Un chant sourd monte de leurs gorges. Les tiges se multiplient.
Au loin, des petits s’allongent, recroquevillés en fœtus. Ils s’imbriquent les uns dans les autres, les yeux fermés.
La musique se pose, s’harmonise, s’amplifie. Une voix claire et haute s’élève, domine. Le chœur s’adoucit. La voix claire monte, monte, faisant vibrer chaque fibre alentour. Quelques tiges vertes s’enroulent en boule, rougissent, éclatent. Elles sont immédiatement remplacées par d’autres. Un bouquet de boules rouges éclate soutenues par les tiges vertes. Elles lancent des flammèches jaunes.
Les enfants poursuivent leur chant. Ils comprennent que c’est eux qui créent le bouquet de lumières. Leurs yeux en sont emplis.
Les petits ont ouverts leurs yeux. Ils fredonnent un accompagnement léger. Le chant s’évanouit. Les enfants restent assis, calmes. Longtemps. Puis ils s’éloignent à pas lent, quittent la cour de l’école, prennent le chemin de leur maison.
En silence.
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