L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
Tap Tap Tap Tap
Le pas pressé martèle le trottoir. Une musique de femme aux
talons pointus. Il est une heure du matin. Les réverbères
malingres produisent un semblant de halo jaunâtre. Il règne
une atmosphère sombre et humide. La rue pavée est détrempée.
Tap Tap Tap Tap
Seul le son des talons résonne. Rien ne bouge. Tout se tait. Une
ombre d’inquiétude s’est infiltrée entre les pierres.
Soudain, surgit de nulle part, une voix mâle, grasse.
« Je peux vous aider ma p’tite dame ? »
Sur le qui-vive, elle cherche la provenance de l’interpellation.
Tourne la tête en tout sens. Ses yeux se dérèglent, affolés. Les
voitures sont rangées sagement. Les façades des maisons aveugles jouent l’indifférence.
Taptap Taptap Taptap Taptap
Les talons doublent la cadence.
« Un p’tit coin de parapluie ? »
Tatap Tap Tataptap Taptap
Les talons courent, trébuchant sur les pavés irréguliers. Elle a mal
aux chevilles. Son souffle irrégulier se bloque par instant. Ses
tempes sont animées de battements sourds. Elle fixe à l’extrémité
de la rue le boulevard qui s’ouvre. Eclairé. Peut-être y-a-t-il du
monde.
Tatap Taptatap Ta tap
Elle entend au loin un rire qui se perd.
Des nouvelles du monde