L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
Attirée au sein d'une étrange communauté d'enfants,
je suis portée pendant mon sommeil au coeur d'une forêt inconnue.
Cinq garçons hauts comme trois pommes
me contraignent à les suivre.
Celui qui semble le chef me conte
les circonstances qui l'ont amené à la communauté.
Danoci arrêta le récit de son histoire et dit :
« Imagine le reste, si tu veux. »
Etonnée qu’il se soit confié,
je n’en demandais pas plus.
« Personne m’a donné envie de parler
comme ça à part Maminou. »
Un des cinq ajouta :
« On va pas tout te raconter
notre vie dans le détail.
On va juste te dire qu’on a tous eu des salauds de parents. »
Un autre ajouta :
« On a dû se rétrécir comme des chaussettes bouillies.»

« On prenait tellement de coups »
« Notre corps, on sait pas trop où il est passé.
C’est comme si on était allé
se réfugier sur une planète.
On regardait de loin.
Not’corps, on voulait plus le sentir.
Il est devenu tout petit.
Pour certains, il a disparu.
Ce qui en reste, on sait pas trop c’est quoi. »
Danoci intervint :
« Ce qu’on sait, c’est qu’il sait faire des drôles de choses.
Et on est devenu très fort. »
« Oui, il fait des choses bizarres
comme de chanter dans not’tête.
Si on peut dire comme ça parce qu'on a même
Plus de tête des fois.»
Un long silence ponctua cette déclaration.
Ils se concertèrent du regard, m’examinèrent.
Je me sentais intérieurement fouillée.
Un examen minutieux.
Je n’aimais pas ça.
Tous mes recoins les plus secrets étaient visités.
Où voulaient-ils en venir ?
Danoci reprit :
« On était à trois à traîner sur le marché,
Olvin, là et Minon, là et moi.
On a fait un pacte au sang à la mort.
On a décidé d’aller vivre dans une grotte
que je connaissais.
Minon braconnait. Il nous a appris.
Plus de coups.
De la peur, souvent. Mais pas pire.
Et libres !
On arrivait toujours à attraper une bestiole.
C’était pas toujours pléthore, mais on avait connu pire.
On allait encore des fois traîner sur le marché
s’il nous manquait quelque chose, un bout de ficelle,
des allumettes.
On a même chouravé un harmonica à l’époque
où on savait pas encore faire de la musique.
Qu'est-ce qu'on s'est battu pour cet harmonica !

Et les quatre autres de rire.
Petit à petit, on a retrouvé d’autres enfants
qui avaient des salauds d’parents.
Y’en a qui sont venus vivre avec nous. »
A ce moment-là, je poussai un bref cri
et portai ma main à mon front.
J'avais mal.
Minon me dit :
"Tu saignes, c'est un coup de Paulard"