L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
Cherchée dans mon jardin par une toute petite fille de rien du tout,
je pénètre à sa suite dans une étrange communauté d'enfants.
Après une cérémonie d'intronisation,
je suis projetée pendant mon sommeil en pleine forêt.
Je marchais hardiment
sur ce sentier qui résonnait de froid.
J’aimais cette sensation d’immensité silencieuse
autour de moi,
troublée par instant par l’ébouriffement
d’un battement d’ailes.
La lueur du jour attisait
les silhouettes jusqu’alors ensevelies.
Le monde se transformait sous mes yeux.
Je jouissais de la solitude
qui m’enlaçait intimement à cette métamorphose.
Je cheminais depuis presque deux heures
lorsque j’arrivai à un carrefour.
Pour la première fois, je ressentis une hésitation.
J’étais tirée dans deux directions
opposée dans une tension désagréable .
Je subissais le phénomène désorientée.
Enfin, l’une des forces s’imposa
et m’emmena irrésistiblement vers la gauche.
Je bordais une jolie rivière.
Les arbres devenaient clairsemés.
Un instant, je fus éblouie.
La lumière froide d’un soleil d’hiver hardi
se déversait en douche sur un cygne.
Sa blancheur
se détachait sur l’eau sombre.
Je me laissais absorber un moment.
L’appel qui voulait me tirer plus loin
eut prise sur moi
plus tard.
Une manière de goûter le bonheur de cette journée
qui s’offrait à moi.
La force qui m’attirait plus loin se fit caresse.
Je me mis à sautiller d’un pied sur l’autre
en fredonnant un air que j’avais appris,
petite,
à l’école.
Je revoyais la cour de récréation
et nos jeux de marelle.
Un souffle de légèreté balayait mes interrogations.
Je me sentais en vacance.
L’esprit libre.
Je ne m’étais pas présentée au travail ce matin.
Les livres restés en attente de classement
sur la grande table de la bibliothèque municipale
n’en éprouveraient pas grand dommage.
J’étais ailleurs.
Danoci se dressa sur le chemin,
surgi brusquement du fourré.
Quatre autres petits diables m’encerclèrent,
l’air peu avenant.
Où était le cinquième ?