L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
La toute petite fille qui était venue me chercher jusque dans mon jardin
m'introduisait dans un monde d'enfants étonnants.
Je pris à une cérémonie d'intronisation en un lieu inconnu
quelque part sous terre.
En un instant,
suivant le mystérieux procédé en œuvre
lors de mon entrée dans la grotte,
je me retrouvai assise à une table avec Lilule et Mouni.
Les assiettes étaient servies.
Le chant devenu doux se poursuivait.
Il créait une proximité entre nous.
Le chœur discordant prenait sa place dans l’ensemble.
Il ne cessait de rappeler son existence.
A la fin du repas,
Lilule m’emmena dans une pièce contigüe,
grande chambre à coucher collective.
Au fond, des rideaux créaient une alcôve.
Elle m’y installa.
Elle me dit qu’elle m’expliquerait
la raison de mon invitation dans la communauté
le lendemain.
Je m’endormis très vite.
*
*
*
L’air époussetant mes traits rosis m’éveilla.
J’étais allongée dans la forêt.
L’indigo de la nuit était traversé de lampées claires.
La cime des arbres découpée en une dentelle
de fines branches marbrait l’horizon.
Quelques breloques de glace déchiraient l’obscurité.
J’étais couchée à même le sol,
emmitouflée dans mon anorak blanc.
Des lambeaux de neige gelée dessinaient
l’ébauche d’un tableau abstrait.
Je m’assis.
Le fond de l’air me semblait froid. Pourtant, je n’étais pas gelée.
Je ne reconnaissais pas le lieu.
Une belle forêt de feuillus.
Quelques conifères, rares, parsemaient le tapis des arbres,
lui donnant des points d’ancrage.
Le sol était dur et luisant.
Quelques feuilles frigorifiées dressaient leur tête
dans un effort désordonné
quêtant une caresse solaire qui arriverait dans quelques heures.
Je me levai.
Une faim tenace me prit le ventre.
Je n’y pr êtai pas attention.
Je suivis du regard le chemin proche
pour bientôt m ’y engager d’un pas déterminé.
L’idée de rentrer chez moi ne m’effleura qu’un instant.
J’avais l’impression que mes pensées personnelles passaient en moi pour disparaître aussitôt,
presque devenues inaccessibles.
Tandis que le doute et le questionnement se dissipaient.
C’était comme si
je suivais mes jambes.