L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
Je rencontre une toute petite fille de 20 cms dans mon jarsin.
Elle m'attire dans la campagne.
Assise sur un tronc,
s'instaure un étrange échange intérieur.
La parole est traduite par le son d'une flûte et d'une harpe.
Sans qu’aucune transition n’explique
ma présence là,
je me trouvai au centre d’une vaste grotte souterraine.
Une lueur orangée baignait les parois
de sa chaleur.
Une respiration faisait battre le rocher.
Un murmure, à peine perceptible, s'élevait.
J’étais entourée par le Petit Peuple.
Je savais que seul Danoci n’avait pu se joindre à l’assemblée.
*
*
*
Les Enfants avaient choisi
de m’intégrer à leur monde.
J’étais
installée sur un siège pourpre
dont l’étoffe épousait mes formes.
Placée légèrement en contrebas,
je voyais les visages des minuscules enfants à ma hauteur.
Leurs énergies me pénétraient,
contradictoires,
porteuses d’une force
et d’un courant d’air froid qui parlait de blessure
et de fragilité.
Les accents de leur chant musical
me parvenaient légèrement discordants.
Une poussée contraire s'affirmait dans les aigus.
Une ou deux basses trop appuyées.
Cette dysharmonie des sons
m'interrogeait.
Les questions naissaient.
Je décidais d’attendre et de voir.
*
*
*
Des voiles mordorés, fluides,
churent depuis les hauteurs en un léger bruissement
Une scène centrale, créée par le ruissellement de tissu translucide,
m’isola à peine de la communauté.
Les images s’estompèrent,
la mélodie des murmures musicaux s’atténua jusqu’à disparaître.
Je me recueillis.
La situation m’apparut.
J’étais sous terre, dans un lieu que je ne savais pas atteindre,
au milieu d’un peuple inconnu des humains
dont je ne savais rien.
Il est possible
que l’un ou l’autre membre
de la communauté
ne désirât pas ma présence.
Mais, dans sa grande majorité, le petit peuple m’avait choisie.
Alors, je sus ce qui, pour le moment, était attendu de moi.
*
*
*
Je me levai lentement,
regardai les enfants avec attention.
J’avançais
hors de la tente formée par les rideaux,
me dressai devant eux.
Nos yeux convergèrent.
La musique se glissa en moi par petites touches;
chacun prenait contact avec moi
individuellement.
Je les connus une à un.
Et je connus les cinq qui m’étaient hostiles.
Ceux-là parlaient de Danoci.
Je sus qu’il allait avoir un rôle déterminant dans mon intégration.
Une myriade
de petites
lucioles
lumineuses
descendit
de la voûte
et créa
un halo peu au-dessus
de nous.
Un très beau chant s’éleva, puissant.
L’émotion montait.
Je m’aperçus
que je participais moi-même
au chant sans comprendre comment.
Il charriait le dépassement de lourdes souffrances,
l’attente d’une issue à une situation difficile.
Le cinquième passage de la Source
évoquait un point de rupture qui restait encore mystérieux pour moi.