L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
Dans mon jardin,
apparut une toute petite fille de 20 cms de haut.
Je la suivis, transportée à une vitesse étonnante
et me retrouvai dans la campagne.
Un long silence s’installa.
J’attendais tranquillement
que ma toute petite amie de rien du tout parle.
Elle tremblait légèrement,
semblant fournir un effort important,
aspirée à l’intérieur d’elle-même.
Les minutes s’enchaînaient comme les perles d’un collier.
De longs instants plus tard, elle se détendit.
Ses yeux s’installèrent délicatement à la porte des miens. Ils me demandaient la permission d’entrer.
Cette perception douce et ténue m’était inconnue.
Au fur-et-à mesure
que je prenais connaissance
de cette rencontre,
un monde neuf
s'ouvrait.
D’instant en instant,
une quiétude s’installait,
Je dis :
« Oui »
Je la laissai entrer.
Je sentis une présence chaude
et apaisée se déposer lentement en moi.
Mes yeux pressentaient plus qu’ils ne voyaient.
La parole
de ma toute petite compagne de rien du tout
se libéra comme le chant mélodieux d’une flûte.
Une harpe ajouta le son
de ses cordes égrenées.
Je compris qu’une autre présence
avait rejoint ma toute petite compagne
dont la force mystérieuse
se diffusait en moi.
Ce chant se traduisait en mots clairs et concis dans mon esprit.
Des images limpides me traversaient.
Ma toute petite compagne de rien du tout
se présenta :
« Je suis Lilule. Je te remercie d’avoir répondu
à notre appel aussi simplement.
Mouni vient d’arriver et s’est jointe à nous.
J’ai vu que tu l’acceptais. »
« Comme Lilule, je suis envoyée
par la Communautés des Enfants de la Source Tarie.
Tous les ans, nos rangs grossissent.
Nous vivons une situation critique
depuis le cinquième passage de la source. »
Je ne m’étonnais pas de cette façon
de traduire le temps qui passe.
Les mots étaient simples
et se dévidaient comme le fil de la quenouille.
La mélodie s’interrompit.
J’écoutais les présences indicibles qui me peuplaient.
Je les sentais se densifier
comme si tout un peuple progressivement se rassemblait.
Une paix profonde me baignait.
Une tension forte régnait chez chacun.
L’enjeu qui les réunissait
était de grande importance.
Pourtant, je restais sereine.
Je ne comprenais pas la situation,
j’attendais.
Je vivais dans un temps hors du temps.