L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
La jeune fille est grande si grande que tout un chacun
la dévisage lorsqu’il la croise et même parfois
se retourne sur son passage.
Son regard se perd.
Toutes ces attentions, c’est une grande gêne.
Elle ne voit personne. Elle marche
les yeux dans le vide, le plus loin possible de tous ces yeux.
Ce jour-là, elle chemine dans un parc,
longeant un pavillon de chasse.
Elle voit un socle de statue.
La place a été laissée vacante par son occupant.
Elle avance à longues enjambées régulières
Mais a légèrement ralenti l’allure.
Elle hésite.
S’arrête.
Fait demi-tour en courant et saute sur le socle.
Elle se dresse, immobile.
Ici, les regards ne la gêneront pas.
C’est fait pour être vue une statue.
Ici, personne ne la regarde plus.
Ça se fond dans le paysage une statue.
Un photographe, de temps en temps, fait un cliché.
Un peintre s’est installé une fois avec son chevalet.
A un passant qui s’arrêtait pour regarder son travail,
Il dit :
« Elle a une présence particulière, cette statue.
L’expression juste serait : elle a de la chair. »