L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
Chapitre 3
« En as-tu d’autres, Roger ?
L’examen des dessins se solda par un hochement de tête.
Le Monsieur sérieux dit :
« Roger, je fabrique des jouets. J’ai besoin d’un dessinateur comme toi dans ma fabrique. Est-ce que tu veux venir dessiner des jouets ?
Des jouets !
Roger n’en avait pas.
Il prenait les pinces à linge, les cailloux du chemin, ses boites d’allumettes et son crayon.
- Ne t’inquiète pas, tu apprendras. Tu as l’œil imaginatif et le crayon sûr. Avec des cours, tu feras des merveilles !
Des cours !
Roger n’avait jamais eu idée qu’il existât des cours de dessin. Les cours, c’était ennuyeux. Son esprit partait à vol d’oiseau loin de la classe. De temps en temps, il retombait brutalement de son échappée lorsque la voix du maître montait en degré.
- Ton grand-père est d’accord. Et toi ?
- Oui, laissa-t-il échapper d’une voix atténuée par la timidité.
Il visita l’usine, les yeux ronds comme des assiettes. Les ateliers de fabrication d’abord. Remplis d’établis. De planches et de blocs de bois. De machines faites pour scier, tailler, poncer, tourner. De pots de colle et de peintures. De poêles où cuisait la colle. Il regardait avidement les formes en bois aux couleurs vives. Il s’emplissait des odeurs mêlées. L’air était imprégné de la brume ocre de la poudre de bois. Il pénétrait dans un univers qui le saisissait de toute part. Il s'entendit hélé avec bonhommie. Les ouvriers le saluaient à son passage.
« Alors, t’as le crayon qui court, petit !
- Tu vas nous dessiner de belles voitures !
- Y parait que tu te sers pas de la gomme ! »
Il pénétra dans le bureau d’étude avec solennité. Explora ce domaine. Ne vit d'abord que les deux grandes tables à dessin. Elles occupaient le centre de la pièce ceinte de leur tabouret. Il tourna autour. Se demanda s’il aurait à se jucher sur les tabourets craignant d’y être aussi mal à l’aise qu’au sommet de pattes de cigognes.
