L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.
Le poète s'est assis sur la chaise.
Une vieille chaise noire pliante inconfortable qu'il cache sous le kiosk avant de repartir. Il vient depuis des années, depuis si longtemps que plus personne ne le voit. Elément immuable du matin. Comme la rangée de bancs romantiques qui s'alignent en rang d'oignons devant lui au bord de la balustrade.
Il a déposé sur le vieux plancher de bois blanchi par la pluie son lourd paquetage, un accordéon qui restera au sol le temps de sa présence. Il a mis à ses pieds le coffret qui enserre sa guitare.
Il s'est muni d'un micro dernier cri, qui vaut nombre de ses paies et l'a installé devant sa bouche dont ne sort aucun son.
Il chante pour le vent.
Ses doigts grattent les cordes imaginaires de la guitare qui garnit ses cuisses. Il joue pour le feuillage.
Son chant est un hommage à la pierre de la falaise, au bruissement des graminées, au vol des papillons, au surgissement de la source.
Silence.
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