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L'Œil qui court : Dessiner, peindre, écrire le monde et le rêve.

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Sur les traces de la Grande Oreille (2)

 

 

 

 

… Le mercredi suivant, Michette arrive au Parc avec sa maman seule. S’en aller sur la pointe de ses pédales, incognito, va être beaucoup plus difficile.

Michette s’assied à côté de sa maman et, l’air soucieux, réfléchit.


« Qu’as-tu, Michette, ton amoureux ne veut plus de toi ? »

« Ça va » répond Michette se demandant pourquoi les mamans posent des questions farfelues.

Assise sur le banc, Michette balance ses jambes à tour de rôle. Le haut de son front la chatouille, signe caractéristique de la couvaison d'une idée. Un petit rire amusé agite sa bouche rose. Ses yeux verts d’eau se plissent sur un éclat espiègle.

« J’ai besoin d’aller faire pipi ».


Cela fait un an que sa maman a décidé qu’elle était assez grande pour aller se cacher seule dans les bois. Michette n’aime pas ça. Elle a un peu peur. Il fait presque noir sous les grands arbres. « Tu exagères, Michette. Il ne fait pas noir. » Et parfois, il y a des ronces qui s’accrochent aux jambes. Elles refusent de se coucher par terre. elles font des balafres rouges qui font mal aux jambes.


« Je t’accompagne si tu veux. » dit maman.

« Non, non. Je suis grande maintenant. » répond Michette qui ne comprend goutte aux revirements des adultes.


Elle jette un coup d’œil sur son vélo rouge à panier. Ce serait trop dur de le faire passer par le bois. Et puis maman ne serait pas d’accord. Elle dirait : « Michette, tu fais n’importe quoi ! Laisse ce vélo ici. »

Il ne s’agit pas d’attirer son attention. Elle a plongé son nez dans un petit livre gris et vert, le traité raisonnable et rationnel de gestion citoyenne optimale. Sur le banc, il y a le Petit Dictionnaire d’économie politique. Elle tient un crayon dont elle souligne de temps en temps des passages. « J’ai encore oublié mon carnet. Je vais être obligée de reprendre tout à la maison. Si c’est pas bête. »


Michette s’avance d’un pas résolu vers le bois. Sa mère est très occupée. Plus c’est compliqué et sérieux, plus elle a l’impression de faire quelque chose d’important. Le champ est libre. Sa maman ne va pas se rendre compte rapidement de sa disparition.


Michette sursaute en entendant la voix de sa mère : « J’ai pris des madeleines pour ton goûter ! ». Michette pénètre dans le bois, fébrile. Sa mère va-t-elle  trouver un autre prétexte pour la rappeler ? La fillette s’enfonce entre les grands arbres dont la pénombre se fait, pour cette fois, protectrice. Elle sort du bois une cinquantaine de mètres plus loin, après un tournant du chemin qui la rend invisible.

Elle suit le chemin en galopant, le nez vers le sol, cherchant les petits cailloux blancs qui lui indiqueront la direction de la barrière invisible et le pays de son amie.

Elle arrive à un croisement, hésite « Où je suis passée avec Grande Oreille ? » Elle regarde de droite et de gauche, cherche un point de repère. Etait-elle partie vers la droite du côté où pousse la mousse des arbres ? Vers la gauche où poussent quelques roseaux ? Elle n’en a pas souvenir.

Peut-être bien était-elle partie tout droit.

 

Pourquoi les petits cailloux ne sont-ils pas là devant elle pour lui dire quel chemin prendre ?

 

 

 

 

arbre2.jpg

 

 

 

 

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