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Entête31.01.2010

 

 

 

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Les mots

 

Les mots sont des bulles de savon

Fragiles et tendres

Des papillons

Avec des ailes légères

Il y en a qui sont cuirassés aussi

Ils explosent et laissent des éclats dans la chair

compteur pour blog

11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 21:00

 

 

Passion--couvre-chefs.jpg 

 


Il écume les marchés, les brocantes, Emmaüs.

 

Tout objet pouvant se jucher sur une tête peut potentiellement habiller la sienne. Il serpente entre les jardins ouvriers, s’arrêtant aux vieilles baraques d’un autre âge. Il interpelle les jardiniers ridés et voûtés. Ont-ils quelque chose pour lui ? Il n’a cure de leurs yeux qui roulent et de leurs doigts qui frappent leur tempe. Ils finissent par dénicher une merveille au fond de leur cabane en maugréant.


Pendant l’été, il parcourt les chemins de France en quête de demeures oubliées. Il a accumulé un nombre inégalé de couvre-chef à portée de la main de tous et pourtant méconnus.


Ce jour là, il prend son petit déjeuner. Il presse son orange quotidienne à laquelle il ajoute sucre et cannelle. L’odeur du jus pénètre ses narines palpitantes. Il aime ce moment gourmand.


Soudain, la révélation. Cela fait exactement 7347 jours qu’il presse une orange et il n’a pas vu le chapeau constitué par le presse-citron. Il le pose sur sa tête. Et le presse-citron continue fidèlement son travail matinal.

 

Il presse.

 

 

 

La photo a été réalisée par Pierre Béteille.

Pour voir sa galerie, cliquez ici

 

Pour télécharger la photo, demander l'autorisation de l'auteur, ici

 

 

 

 

 

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 21:00

 

 

 

Demain--je-repartirai.jpg

 

 

 

 

La route, morceaux de mosaïques, dit son âge. Sa solidité. Sa rusticité. Au loin, les maisons blanches des pêcheurs constituent un appel sûr.
Mais derrière soi ?


De part et d'autre, l'eau. Basse encore.


La route se perd derrière soi. A l'horizon. Semblant défier la distance et le temps. Les mosaïques filent à perte de vue. Je n'y tiens plus. Je me retourne et prends la direction de l'océan. A pieds secs. Je marche. Les mosaïques se déroulent. Toutes différentes. L'eau affleure maintenant.


Au loin, la route se confond avec la mer.


J'avance. L'eau recouvre maintenant les mosaïques.
Bientôt mes pieds sont mouillés.
J'hésite un instant.
J’ai de l'eau aux chevilles.


Je m'assieds.
J'attends.


Je veux savoir où va cette route.


De l'eau jusqu'au cou.
J’attends.

 

La nuit tombe. La lune s'est levée.


J'attends jusqu'à demain. Je repartirai.

 

 

 

 

 

Photo de Jérome Baudoin

Pour voir la galerie de Jérome Baudoin cliquez ici

Pour télécharger la photo, demander l'autorisation à son auteur.

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 22:45

 

 

 

Les-vaches-rustiques.jpg

Photo Dan Rodgerson 

 

 

Elle s’est arrêtée, insouciante.

Se fiant à un fil pour sa protection.

 

Fascinée, elle observe.

Sa bouche module des sons étranges.

 

 

Leurs museaux élégants se taisent.

Les longues cascades de poils

S’écroulent sur leurs yeux.

 

 

 

Elle reprend l'étrange mélopée.

Les bêtes s'ébranlent.

Un lent balancement saisit leur corps.

 

Elles forment un cercle puissant.

Une vibration chaude s'élève de leur poitrail,

Traverse la prairie.

Un souffle d'air humide balaie le paysage.

Tout se fige.



Elle reviendra.

 

 

 

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 19:47

 

 

 

 

Il arrive sur le quai. Blanc, froid, lumière réfrigérante.


Au loin, son regard a saisi un appel. Irrésistible. Cela reste flou. Ses pieds avancent sans qu'il l'ait décidé.

 

Il entend qu'il est seul. Et pourtant l'appel là-bas au bout du quai. Pressant.

Il est légèrement inquiet.


Son chien est malade depuis deux jours. Il l'a laissé à sa voisine, madame Bontrain. Elle était contente de le veiller. Elle s'ennuie. Pourtant, son chien aurait été bienvenu à ses côtés.


Il approche du bout du quai. Il commence à distinguer deux énormes lèvres rouges.


Il avance encore. Et dans un éclat de rire fait le tour de la bouche du métro avec le bout de sa canne blanche.

 

 

Inspiré par Photo Laurent Photography, cliquez ici

 

 

La-bouche-du-metro.jpg

 

 

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

Petit Etolukso arrête un instant son souffle au-dessus d’une silhouette calcinée. Elle étend des bras noircis torturés. Ses feuilles ont chu depuis de nombreuses lunes.

Petit Etolukso regarde la terre devenue puzzle stérilisé. Les sillons accidentés des larmes des glaciers la strient de grandes balafres. Des carcasses abandonnées, cirées par les crocs avides qui les ont nettoyées, transpirent le désarroi.


Petit Etolukso interroge son grand-père.

- Non, il n’y a rien eu à faire. Les êtres dominant cette planète avaient une maladie. Ils avaient dépecé la terre jusqu’à en extraire les dernières richesses. Ils s’étaient entretués jusqu’au dernier quand la faim et la soif étaient arrivées.

Son grand-père est grave, son regard alourdi de tristesse.


Petit Etolukso l’interroge encore une fois.

- Je crois que nous avons fait une erreur de composition chimique pour cette espèce. La seule à avoir auto détruit ses ressources vitales et à avoir organisé les conditions de sa disparition. Nous avons sans doute été trop ambitieux. Les moyens que nous lui avons donnés étaient presqu’illimités. Elle n’a pas su en dompter les dangers.


Petit Etolukso attire l’attention de son grand-père. Au loin, il aperçoit un étrange phénomène. Les deux esprits s’approchent de la nuée blanche qui descend souplement.

- C’est l’esprit de l’eau. Sa présence signale un souffle de vie. Cette espèce l’appelait la neige.

Petit Etolukso voit là-bas, tout là-bas, sous lui, un arbre mort. La surprise suspend son souffle.

- La dernière femme.

Je croyais qu’il n’y en avait plus. Il t’aura été donné de la voir, Etolukso.

 

- Je vais lui parler dit le petit fébrilement. Il descend vers la silhouette tassée sur sa détresse. Il l’entoure de son souffle curieux. Un reflet de douceur passe dans les yeux de la femme.

Les esprits s’en vont. Pour suivre leur chemin. Etolukso a beaucoup de planètes à découvrir.

 

 

 

Pour voir la peinture, cliquer ici

 

 


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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 22:28

 

 

 

A force de voguer sur la vague de la haine,
la marine la peine va se prendre un coup de tonnerre de Brest
qui va foudroyer son insubmersibilité !
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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 23:28

 

 

 

enterrement-livre.jpg

 

 

 

 

Autour de chez moi, croît une grande forêt. Les ruines d'une très ancienne papeterie y sont ensevelies..

 

Aujourd'hui, j'ai mis ma robe de feuilles pourpres. Il parait qu'autrefois, on ne faisait pas de robes de feuilles. Les hommes avaient coupé presque tous les arbres pour faire du papier. Ils confectionnaient des livres pour y enfermer tout ce qu'ils savaient parce qu'ils avaient de toutes petites mémoires et ne se souvenaient de rien.

 

Ce matin, je suis allée à l'enterrement du dernier livre : une grande cérémonie. C'était c'était le dernier. Il ressemblait à une dentelleaprès avoir fait le régal de toutes sortes de petites bêtes. Ce n'est pas très grave : plus personne ne sait lire les signes qui le recouvraient et qui étaient tout mangés.

Chacun avait enfilé sa plus belle robe de feuilles. Toutes les nuances étaient représentées : des verts,  des rouges, des oranges. Certains avaient osé le noir et même l’un ou l’autre le jaune. Cela supposait une très grande confiance en soi. Se différencier à ce point ! Cela n’était pas interdit non, mais… c’était osé. 

 

Le bûcher avait été monté la veille au soir. Les grosses branches s’empilaient en un carré presque parfait se rétrécissant vers le ciel. Un peu à la manière d’une pyramide à quatre pans.

L’un d’entre nous s’approcha avec un flambeau brûlant d’une belle flamme claire. Il introduisit à la base de l’édifice. Les brindilles sèches prirent feu immédiatement. Des craquements tintèrent dans l’espace. En une heure, le brasier fut gigantesque. Nous ne savions pas ce que nous brûlions.

Et si les mots contenus dans le vieux livre avaient un pouvoir maléfique qu’ils auraient délivré par-delà les siècles ?

Nous avions perdu la science de ces temps anciens. Nous n’aurions su nous protéger sans dommage pour les nôtres.

 

Nous n’avons pas besoin de ces objets. La transmission se fait chez nous par la conversation silencieuse. Tout un chacun souhaitant apprendre d’un ancien ou d’un plus savant chemine entre les groupes en dialogue. Il peut émettre un signe qui précise l’objet de sa recherche. Il sera très vite accueilli. Un savant souhaitant transmettre un sujet s’assied, ferme les yeux et se concentre sur ce qu’il veut transmettre. Tout naturellement, il sera entouré d’auditeurs attentifs et curieux.

 

Quand nous souhaitons rendre visible pour les yeux le partage d’un groupe, nous nous rendons à l’une des nombreuses falaises qui bordent nos côtes. Avec nos teintures végétales, nous composons l’œuvre qui exprime notre dialogue.

 

Elle est ouverte à tous, offerte à l’océan, au ciel, à la vie.

 

 

 


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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 21:50

 


 

Pâques approche.


Mercredi. Les enfants jouent.

Le petit, dans sa chambre. Il construit jour après jour, la muraille de Chine avec ses cubes de bois. L’œuvre achevée se transforme en pont de Tancarville assailli sous le flot de voitures. Malgré embouteillages, carambolages et éboulements de pont, l’air reste respirable. Accroupi, maniant avec précaution ses petits engins, le petit garçon est profondément concentré.

La grande est descendue. Dans la cour que cerne notre lot d’immeubles. Elle a rejoint quelques fillettes. Le garage accueille la petite bande. Salon avec voitures d’enfants, bébés muets et rires multiples. Eclat d’une voix. Répons colériques.

Un tableau noir surgit. Un lot de craies aux couleurs mêlées à force de se frotter. Petits bouts dissemblables arrondis et grinçants répartis entre les petites mains.

 

Je vaque aux tâches nécessaires du quotidien. Le temps suinte l’ennui. La solitude dans ce grand ensemble où je me sens étrangère s’insinue dans mes journées.

 Un temps de vacance. Entre un emploi passé et un futur emploi. Dont je ne sais rien. Un temps de vague. Sans certitude. Boussole coincée. La pause de la brume.


Mes yeux se perdent dans la couronne des arbres qui bordent la petite rivière en contrebas. Les prairies s’étalent. Elles buttent sur une colline chargée de buissons. Des myriades de points blancs. Sur la droite, la terre sombre des champs, encore nus des labours. Le ciel rayonne de bleu. J’écoute les notes claires des oiseaux. Mes yeux fouaillent le feuillage à la recherche des chanteurs.

 


Jeudi. Il est 16h. Pierric sort de classe. Je l’aide à enfiler son blouson quand Albane me bouche les yeux avec ses mains. Je me retourne en riant. Partie de chatouilles. Les enfants s’esquivent dans la cour alors que Sophie m’aborde.

« Veux-tu passer dimanche ? Nous cachons les œufs dans le jardin pour les enfants.»


 Dimanche. Les enfants apprennent à soulever avec précautions les feuilles des plantes en croissance. On voit les séants arrondis plonger puis se redresser. Eclats de rire.

Je m’enquiers des noms des plantes. Sophie apporte un gros livre pour me montrer les fleurs. La plupart apparaitront au début de l’été. C’est ce qu’a souhaité Sophie. Un jardin pour les grandes vacances. Les jours ne se couchent plus. Le barbecue crépite. Les chaises longues s’installent. Les couleurs assaillent le jardin. Les parfums s’élèvent.


 Il y a quelques années, Sophie était caissière au petit supermarché proche. Elle effectuait ce travail sans grâce comme une fatalité. Elle a rencontré Etienne. Son petit appartement lui appartenait. Un morceau de la cour faisait partie son bien.

Un beau matin, Sophie parle de supprimer les vieilles dalles de béton, de mettre de la terre, de semer, de planter.

 

« Nous avons réalisé le projet ensemble : le dessin des massifs. Surtout pas de carré, de rectangle, de béton. Des arabesques, du souple, du féminin. Nous avons contacté les gravières, les vendeurs de terre, consulter différents ouvrages. Je me suis lancée sur les forums de jardinage. Je ne m’étais pas encore approchée d’un ordinateur, n’en comprenant pas l’intérêt pour moi. J’y ai passé beaucoup de temps à poser beaucoup de questions à beaucoup de gens que je ne verrai jamais. J’ai appris beaucoup.

J’ai découvert les plantes de printemps, d’été, d’automne. Les plantes de terre sèche, de soleil, les plantes de sous-bois dites d’ombre et d’humidité. Les terrains calcaires et les terrains acides. J’y ai découvert le compost et les maladies. Les produits toxiques et la nappe phréatique.

 

 

  Les passeuses de vie (2)

 

 

 

A la découverte de


"Chevalier des touches"

 

le blog d'écriture de Martin Winkler

 pour le régal de la langue et de ses exercices d'écriture,


Cliquez ici

 


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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 21:31

 

 

 

 

Les enfants se sont égayés dans la cour. Leurs cris se pourchassent en une cacophonie mouvante. Comme des coups d’archets découpant l’air. Ils s’élancent, retombent, s’enlacent, rebondissent en un ballet improvisé. 

Près de l’arbre, les enfants sont plus calmes. Assis par terre, ils émettent un babil doux et clair. Ils regardent en l’air dans la même direction. Les maîtresses sont imperméables à l’étrange changement. Les sons s’organisent comme guidés par la baguette d’un chef d’orchestre. Une rumeur ascendante s’unit pour former une colonne vibrante. L’air y devient épais.

Petit à petit, quelques tiges apparaissent, vertes et translucides. Elles sont de plus en plus nombreuses. Elles constituent bientôt une gerbe de blé qui aurait perdu ses épis.

Des groupes d’élèves se rapprochent. Ils s’apaisent. Debout les uns contre les autres. Leurs yeux fixent les tiges translucides. Un chant sourd monte de leurs gorges. Les tiges se multiplient.

Au loin, des petits s’allongent, recroquevillés en fœtus. Ils s’imbriquent les uns dans les autres, les yeux fermés.

La musique se pose, s’harmonise, s’amplifie. Une voix claire et haute s’élève, domine. Le chœur s’adoucit. La voix claire monte, monte, faisant vibrer chaque fibre alentour. Quelques tiges vertes s’enroulent en boule, rougissent, éclatent. Elles sont immédiatement remplacées par d’autres. Un bouquet de boules rouges éclate soutenues par les tiges vertes. Elles lancent des flammèches jaunes.

Les enfants poursuivent leur chant. Ils comprennent que c’est eux qui créent le bouquet de lumières. Leurs yeux en sont emplis.

Les petits ont ouverts leurs yeux. Ils fredonnent un accompagnement léger. Le chant s’évanouit. Les enfants restent assis, calmes. Longtemps. Puis ils s’éloignent à pas lent, quittent la cour de l’école, prennent le chemin de leur maison.

En silence.

 

 

 

Coquelicots.jpg

 

 

 

 

D'autres auteurs, d'autres textes sur Mil et Une

 

 


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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 21:00

 

 

 

La filature - G. Balland

 

 

 

Texte écrit dans le cadre des “impromptus littéraires”

sur le blog Presque voix, création de textes et de nouvelles


Je suivis ce mauvais garçon qui sifflotait mains dans les poches, je le suivis longtemps, assez  pour avoir mal aux jambes, toujours cette varice qui  me faisait souffrir. Contre toute attente, le type s’arrêta chez le libraire et je restais dehors, sous la pluie. Au bout de cinq minutes, trempée des pluies d’automne, je décidai d’entrer et  le trouvai au rayon poésie.   Un salaud lit-il de la poésie ? Mais j’étais payée pour le suivre, non pour lui trouver des circonstances atténuantes. Quand il partit vers la caisse,  je fis de même, prenant un livre au hasard. Sur le comptoir, il déposa doucement Apollinaire.  Un salopard lit-il Apollinaire ?

Apollinaire.jpg    - Un paquet cadeau, 

     demanda-t-il, c’est

     pour ma femme.


      Sa femme ?

     Sa femme qu’il

     trompait et battait ?

     Fichu manipulateur,

     pensai-je. La caissière 

     emballa le livre et

     moi j’observais ses reflets

     blonds dans la lumière

     d’automne.

       Quand il eut payé, il se

      retourna  et me dit d’une

      voix rauque.

   - Tu me suis, c’est ça ?

   L’étrange beauté de son visage me surprit et je lui répondis sans réfléchir.

- Un soir de demi-brume à Londres, un voyou qui ressemblait à mon amour vint à ma rencontre.

Il enchaîna aussitôt.

- Et le regard qu'il me jeta me fit baisser les yeux de honte. La Chanson du Mal aimé, sourit-il.

Je baissai les yeux. Sur la photo que sa femme m’avait tendue, une semaine plus tôt, il ne souriait pas.

Une heure plus tard il me lisait Apollinaire dans la chambre 29 de l’hôtel des Carmes...

 

 

 

 

Mon portable sonna.

 

D’un geste énervé, je le mis en position "vibreur", profondément contrariée par l’importun qui venait troubler ce moment rare.
L'homme à l'étrange beauté me jeta un long regard énigmatique avant de reprendre sa lecture. Je fermai les yeux. Les mots d’Apollinaire dans la bouche de cet homme me transportaient.
Le vibreur se manifesta. Je sortis l’appareil de ma poche et le posai sur le lit. Mon attention était altérée.
Tandis que les mots du poète s’égrenaient, je gardais le téléphone à l’œil. J’étais contrariée. Incapable de faire un choix.
Je sentis le troisième appel, m’excusai, décrochais.


- Vous êtes dans une chambre d’hôtel. Il vous lit Apollinaire. Elle raccrocha.

 

L' Œil qui court

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