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Entête31.01.2010

 

 

 

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.

Les mots

 

Les mots sont des bulles de savon

Fragiles et tendres

Des papillons

Avec des ailes légères

Il y en a qui sont cuirassés aussi

Ils explosent et laissent des éclats dans la chair

compteur pour blog

2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 21:26

 

 

 

Aimela, auteur du blog


" Mon coeur, chemin de mes mots",


est membre d'une troupe de théâtre amateur.

Elle construit un personnage, Déborah,

qu'elle mettra en scène avec sa troupe au mois de juin.


 

Elle m'a proposé d'écrire quelques pages

qui participent à l'élaboration de ce peronnage surréaliste.

 

 

J'ai écrit cette page avec le souhait de comprendre d'où vient Déborah.

 

 

 

 

Déborah est née dans une boîte à chaussures.

Sa mère savait depuis 7 mois qu’elle s’annonçait. Son père depuis 5.

Sa mère était insouciante. Son père absent.

Quand Déborah s’annonça, sa mère prit le téléphone et regarda les pages jaunes.

 

-  Sages-femmes … sages-femmes … Pétomane. Non. Ça sent mauvais.  Plus loin. Acidulé. Non le petit va pas aimer. Je dois être distraite. Serpent à sonnette.  Ça pourrait lui faire peur. Moogli l’aimait pas trop.  Salopette. Commode pour les enfants.  Voila Madame Salopette, Sage-femme !

Ça devrait aller ça.

- Allô ! Madame Salopette, je vais accoucher, d’ici une petite heure, je pense. Ça vous laisse le temps d’arriver ça. Vous habitez à 400m de chez moi et dix maisons.

 

 Qui est cette parturiente dont elle n’a jamais entendu parler ? La sage-femme passe en revue la-liste-du- matériel-indispensable- à-un-accouchement–à-domicile. Elle demande :

- «  Avez-vous acheté une boite de vingt compresses stériles, 50 cl de Métaline diluée à 15%, du savon liquide de marque Toudoux ou Feslis en flacon de 50cl, de l’alcool à 70° en quantité non définie, de la pommade pour fesses de bébé, je vous laisse choisir, elles sont touts bonnes, du coton hydrophile non prédécoupé, des couches pour femmes post accouchement, les Absorbin sont très bien, maintenant c’est vous qui voyez, des couches premier âge, une alèse plastique, plus vingt alèses jetables, deux paires de draps taille lit adultes, une pour l’accouchement, une pour après, un jeu de pyjamas de bébé. Six, c’est un minimum. Préparez un pyjama propre pour l’après pour vous, et deux bassines avec gants de toilette. Et sac poubelle neuf.

 

« J’ai vu assez de vaches vêler ma bonne dame. Ça fait pas tant de manières ! » dit la mère de Déborah.

 

La sage-femme ramasse dans un grand cabas compresses, Métaline presque périmée mais ça ira encore, éosine, alcool à 90°, je préfère à 70°, mais j’en ai plus et coton hydrophile non prédécoupé rose. Pensez-donc, du coton hydrophile de couleur, comme si on avait besoin de ça !

 Elle fixe solidement le cabas à l’aide de tendeurs, enfourche son vélo, s’arrête à la pharmacie.

«  Madame Michu, laissez-moi passer, ma brave. Un accouchement, Urgent ! Monsieur Déplantes, vingt alèses jetables, les plus solides, qu’est-ce vous avez ce

 jour ? Celles-ci seront très bien.

- C’est vous qui achetez les alèses, Madame Salopette?

- M’en parlez pas ! Cette jeunesse ! Ça veut accoucher comme les vaches !

 

Arrivée 15, rue de la lune ébouriffée, Madame Salopette agite la cloche qui se balança vigoureusement, malmena la poignée de porte, cogna de son poing volontaire, tenta d’apercevoir l’intérieur de la maison par le carreau obstrué par un épais rideau de coton. La porte fut brutalement tirée.

« Ça va, ça va, ça vient. Je sais pas ce qu’il a eu le p’tit. Comme si il vous avait entendu. Dès que vous avez frappé, il s’est agité. Il a déclenché une salve de contractions dignes du feu d’artifice du 14 juillet. Y vous fait la fête, hein ! Le col a pris un sacré coup. Tout le travail est presque fait. Si je gambade encore, y va atterrir sur le plancher. J’ai presque senti le pied entre mes cuisses. Alors j’ui ai dit : Tu vas pas commencer à faire la vie avant d’avoir été pondu, non. Tu vas te mettre en danger, là. Attends madame Salopette. Elle est à la porte. C’est elle qu’a sonné. Elle vient t’accueillir dignement. Alors t’es poli. Tu rentres à la maison pour l’instant.

Et puis je lui a expliqué qu’il se présentait du mauvais côté. Comme ça ça va pas bien allé que je lui a dit. Tu te retournes tête en bas. Et tu fais pas le malin. C’est pas le moment. Alors je lui ai montré avec mes mains sur mon ventre comment faire demi-tour. J’étais un peu occupée là , vous voyez. C’est pour ça que je vous ai fais attendre. Toutes mes excuses. C’était pas mauvaises pensées.

- Tenez le voila ! Je sens la tête qui sort ! La boite de chaussures est là !

 

 

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 21:00

 

 

 

La filature - G. Balland

 

 

 

Texte écrit dans le cadre des “impromptus littéraires”

sur le blog Presque voix, création de textes et de nouvelles


Je suivis ce mauvais garçon qui sifflotait mains dans les poches, je le suivis longtemps, assez  pour avoir mal aux jambes, toujours cette varice qui  me faisait souffrir. Contre toute attente, le type s’arrêta chez le libraire et je restais dehors, sous la pluie. Au bout de cinq minutes, trempée des pluies d’automne, je décidai d’entrer et  le trouvai au rayon poésie.   Un salaud lit-il de la poésie ? Mais j’étais payée pour le suivre, non pour lui trouver des circonstances atténuantes. Quand il partit vers la caisse,  je fis de même, prenant un livre au hasard. Sur le comptoir, il déposa doucement Apollinaire.  Un salopard lit-il Apollinaire ?

Apollinaire.jpg    - Un paquet cadeau, 

     demanda-t-il, c’est

     pour ma femme.


      Sa femme ?

     Sa femme qu’il

     trompait et battait ?

     Fichu manipulateur,

     pensai-je. La caissière 

     emballa le livre et

     moi j’observais ses reflets

     blonds dans la lumière

     d’automne.

       Quand il eut payé, il se

      retourna  et me dit d’une

      voix rauque.

   - Tu me suis, c’est ça ?

   L’étrange beauté de son visage me surprit et je lui répondis sans réfléchir.

- Un soir de demi-brume à Londres, un voyou qui ressemblait à mon amour vint à ma rencontre.

Il enchaîna aussitôt.

- Et le regard qu'il me jeta me fit baisser les yeux de honte. La Chanson du Mal aimé, sourit-il.

Je baissai les yeux. Sur la photo que sa femme m’avait tendue, une semaine plus tôt, il ne souriait pas.

Une heure plus tard il me lisait Apollinaire dans la chambre 29 de l’hôtel des Carmes...

 

 

 

 

Mon portable sonna.

 

D’un geste énervé, je le mis en position "vibreur", profondément contrariée par l’importun qui venait troubler ce moment rare.
L'homme à l'étrange beauté me jeta un long regard énigmatique avant de reprendre sa lecture. Je fermai les yeux. Les mots d’Apollinaire dans la bouche de cet homme me transportaient.
Le vibreur se manifesta. Je sortis l’appareil de ma poche et le posai sur le lit. Mon attention était altérée.
Tandis que les mots du poète s’égrenaient, je gardais le téléphone à l’œil. J’étais contrariée. Incapable de faire un choix.
Je sentis le troisième appel, m’excusai, décrochais.


- Vous êtes dans une chambre d’hôtel. Il vous lit Apollinaire. Elle raccrocha.

 

L' Œil qui court

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 21:59

 

 

 

 

Les côtes japonaises, aux abords de Fukushima

 

 

 

Poissons

 

 

 

Le rayonnement français dans le monde :

 

les sushis de la Hague

 

 

 

 

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 21:20

 

 

 

 

J’ai jeté ma longue cape seyante

sur mes épaules            cape homme

Elle fraie dans le vent tel un étendard

Tandis qu’hardiment j’enfile le drôle

de petit chemin.

 

La ville s'étend à mes pieds.

Il y régne un air de printemps.

 

J'entends pourtant

une rumeur grondeuse

Annonciatrice d'orage.

 

 

 

Le peuple s'agite ces dernières semaines.


On a ramassé deux ou trois réprésentants

de la maréchaussée

Egorgés au bord du chemin.

 

Une voiture de la noblesse a été attaquée.

Deux enfants étranglés

En présence de leur servante.

 

 

 

Le peuple s'agite ces dernières semaines.

 

La propagande bat pourtant son plein

Faisant sourdre de lourdes menaces

De chaos et de famine

 

En dehors de la noblesse, point de salut


Les récoltes péricliteraient,

Le commerce s'effondrerait

L'artisanat dépérirait

 

Soyez soumis ou vous ne serez pas


Disent-ils

 

 

 

Le peuple s'agite ces dernières semaines.


Une rumeur enfle en bas, dans la ville.

Le vent emporte mon couvre-chef.

 


 


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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 21:29

 

 

 

   Discours de la servitude volontaire

 

 "Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent, qui n'a pouvoir de leur nuire qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s'ils n'aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire."


Ce texte a été écrit par Etienne de la Boétie en 1548 alors qu'il avait 18 ans
.

En 500 ans, les hommes ont-ils appris quelque chose ?
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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 21:07

 

 

Un instant de calme - Aimela

 

D’un caractère impétueux, Déborah mène une vie à cent à l’heure mais aujourd’hui, Déborah est fatiguée, elle se laisse glisser dans le canapé, dérangeant ses cahiers emplis de pattes de mouche. C’est naturel chez elle de laisser des notes ici ou là. Son penchant va vers des petits bouts de papier de couleurs qu’elle regroupe dans les cahiers lorsqu’il y en a de trop à la traîne.

 

27 Le Parapluie

   Dans son canapé, Déborah retient

  l’instant de silence, histoire de confier

   plus tard ses songes à ses hypothétiques

  enfants.

 

  Encore cinq minutes se dit-elle afin de

  ne pas effrayer le calme. Elle refuse qu’il

   aille à sa place au rendez-vous fixé par

   son amie Julie. Il se lèverait alors,

  mettrait son manteau, sortirait et courrait

  écouter les confidences de Julie. Envahie

   par l’image incongrue du calme fuyant,

  Déborah se secoue d’un coup.


  Déborah se lève du canapé, ajuste sa

  veste, change ses chaussons pour de

  jolis escarpins rouges, elle passe la porte

  et la ferme. L’âme en vadrouille, elle

  marche dans les rues de la ville

  abritée sous son parapluie. Elle ne prend

  pas les transports en commun, trop

  onéreux pour sa bourse vide et puis

  marcher fait circuler le sang, elle pourra

  vivre des siècles dans cette condition.

 

 

 

 

Lui, il est fol amoureux de Déborah.


Ce jour là, quand il l'avait vue sortir de son cours de danse, un chapeau de paille laissant passer des dentelles de soleil sur son visage,sa jupe légère s'envolant autour d'elle, il avait senti qu'il ne l'oublierait pas.

 

 

Cela fait trois ans. Ses absences lui laissent des vides parfois douloureux. Il n'en dit rien, ne veut pas devenir pesant. Alors de temps en temps, quand elle part, sautillante vers des ailleurs qui lui échappent, il la suit. C'est un jeu. Elle ne doit pas savoir. Il lui vole des bonheurs d'amour. Il l'épie. Avide de la connaitre sans lui.

Elle est avec Julie à la terrasse d'un café. Aujourd’hui, elle est grave. Julie pleure. Elle se fait tendre, réconfortante. Il l'imagine avec leurs enfants. Quand voudra-t-elle un enfant ?

Il rentre maintenant. Plein de cette question.


L’Œil qui court

 


 

 

Aimela est l'auteur du blog "Mon coeur chemin de mes mots".

Ecrits, peintures, théâtre ...


C'est ici

 

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 12:40

 

 

Tout citoyen sans condition de nombre peut saisir d'une requête signée la Commission européenne des péttions lorsque le droit européen a été violé.

 

Il sera entendu devant la Commission à Bruxelles qui considérera le bien fondé de l'infraction et ouvrira le cas échéant une enquête.

 

Actuellement, la commission a mis la France sous surveillance. Le gouvernement Sarkozy est en train d'imposer à l'Alsace la construction d'une portion d'autoroute qui bordera Strasbourg. De nombreux éléments montrent la nocivité et l'inefficacité de la création de cette bande d'asphalte. 350 hectares de terres agricoles seront remblayées et recouvertes de goudron. Actuellement, 1000 hectares de terres agricoles disparaissent sous les constructions diverses en Alsace chaque année. Le maintien de ce rythme entrainerait la suppression totale des terres agricoles et vertes constructibles d'ici 50 ans. L'alsace sera devenue une mégapole ininterrompue sur 200 kms.

 

Une étude a été demandée par les élus à un organisme indépendant. Ces travaux ont montré que la circulation continuerait à emprunter les anciennes voies notamment en raison du coût de péage très élevé prévu par Vinci, le constructeur imposé par Monsieur Sarkozy malgré la très grande opposition locale et malgré un dossier concurrent moins cher et plus respectueux de l'environnement.

 

Les études des naturalistes font part de trois espèces animales rares qui seraient gravement menacées par les travaux et la circulation. Or l'Europe est garante de la préservation de la biodiversité sur son territoire.

 

Les sanctions en cas de refus par la France du respect du droit européen : Des amendes financières lourdes.

 

Monsieur Sarkozy et Vinci feront doublement payer aux Français leur bras de fer  avec l'Union Europenne, comme c'est déjà le cas pour les algues vertes et  pour d'autres mesures de protection de la nature s'imposant à tous les pays européens et refusées par cette présidence.

 

 

L'article de France Nature Environnement, cliquez ici

 

L'article de Sandrine Bélier, député européenne pour tout savoir sur la Commission des pétitions européennes, cliquez ici

 

 

 

C'est comme ça que ça se passe dans nos régions :

 

Extrait du blog  Stierkopf (Tête de taureau en alsacien)

 

[…] « Jusqu’à mi-janvier, deux candidats restaient en lice pour l’appel d’offre de la concession de cette liaison autoroutière à péage de 24 kilomètres : la Sanef (société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France), contrôlée par le groupe espagnol Abertis, et Vinci (groupe industriel français, premier groupe mondial de concessions et de construction de bâtiments, grands ouvrages, parkings, infrastructures de transport, voies ferrées et infrastructures d'énergies. ) Or curieusement, c’est le projet le plus coûteux, celui du groupe Vinci, qui a été retenu. 

Selon nos informations, Nathalie Kosciusco-Morizet en aurait avalé son chapeau. La ministre de l’Ecologie et des Transports plaidait en effet au début de l’année pour le tracé le plus économe et le moins impactant en matière d’environnement. Mais l’Elysée et Matignon lui ont vite fait savoir que ce serait Vinci, et lui seul, qui serait proposé par les pouvoirs publics. » […]

Un véritable oukaze, validé dans la foulée en séance plénière du Conseil régional d’Alsace, (seule région française de droite), et d'autant plus décoiffant que « le coût du projet Sanef était inférieur de 100 millions d’euros à celui de Vinci (environ 400 millions contre 500), les subventions publiques demandées par le concessionnaire étaient moins élevées (20 millions d’euros contre 33 millions), ainsi que les tarifs de péages proposés. »  […]

Sans parler de
« l'emprise territoriale supérieure de 100 hectares à celle de son concurrent. »


Estocade finale : « En toute logique, la Sanef évincée devrait saisir le Conseil d’Etat. Or, selon nos informations, elle n’en fera rien. Pour comprendre cette bizarrerie, il ne faut pas aller chercher très loin. En décembre 2011, l’essayiste Alain Minc a été opportunément nommé président de la Sanef. Rappelons qu’il a longtemps été administrateur et conseiller du groupe Vinci. »

C'est ce qui s'appelle, en somme, une autoroute bien "bétonnée"...

 

 

 

Monsieur Sarkozy n'envisage-t-il pas d'être chercheur d'emploi tout prochainement ?

 

 

 

Arbre3.jpg

 

 

 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 21:06

 

 

Cette histoire avait déjà paru. Je l'ai un peu "remastérisée".

 

 

Dans un pays mystérieux

Vivait le peuple des Grandes Oreilles…

 

Alors que Michette était allée se promener au Parc avec ses parents,

Elle échappa à leur surveillance assez peu assidue ma foi.

Les adultes au nombre de cinq

S’occupaient à écrire l’avenir du monde

Avec le regard brouillé de leurs lunettes de myope.

Michette s’avançait sur le chemin  qui se déroulait devant elle

Sur son vélo rouge à panier.

 

Elle fredonnait une chanson apprise à l’école

Sur un air un peu faux, avec beaucoup d’entrain.

De temps à autre, elle arrêtait la course de ses pédales,

Posait un pied à terre et se baissait.

Elle avait vu un petit caillou blanc.

Michette collectionnait les petits cailloux blancs.

Elle le glissait dans la petite poche de sa robe

A étoiles vertes qui s’ornait d’une auréole grise

Laissée par le passage des petits cailloux.

Puis elle repartait d’un mollet guilleret

Sur son vélo rouge à panier.

 

Elle avançait tant et si bien qu’on ne voyait plus les adultes

En train de rédiger le traité économico-social de la prochaine décennie.

Le paysage changea.

La prairie ensoleillée laissa place à un attroupement de grands arbres.

C’est alors que Michette levant les yeux du sol

Qui n’offrait plus de petits cailloux blancs

Tomba nez à nez avec une grande oreille.

Cette dernière, animée de  l’esprit d’aventure,

Avait surgi le matin même dans le monde des humains.

Comment ? Elle ne le savait guère.

Cela s’était passé comme ça, à l’improviste

Et ne lui avait pas déplu.

Elle regardait pétrifiée la petite fille qui arrivait vers elle.

 

Michette lui dit : « Elle est où ta tête ? »

« Qu’est-ce que c’est tatète ? répondit la grande oreille rassurée

par la petite voix de Michette.

« Tu viens d’où, toi ? poursuivit la petite fille

« Tu poses de drôles de question : du pays des Grandes Oreilles. »

« Je ne connais pas ce pays. Tu me le fais visiter ?

« Je t’emmènerai quand j’aurai retrouvé le chemin. »

«  Alors je te donne mes petits cailloux blancs pour que tu marques le chemin.

Je vais compter contre l’arbre jusqu’à 30 pour que tu partes devant. Et je suivrai les petits cailloux blancs pour te retrouver.»

«  D’accord, tu comptes jusqu’à 30 et puis tu sautes à cloche-pied dix fois, tu cueilles sept pâquerettes et tu chantes deux fois « dansons la capucine » avant de partir. Comme ça j’aurai le temps de trouver le pays des Grandes Oreilles. Je t’attendrai. »


De nombreux cailloux plus loin et quelques fausses notes plus tard, Michette arrive au bout du chemin. Devant elle, elle ne voit rien ni personne comme si un gigantesque coup de gomme avait effacé le monde et les gens. Elle avance prudemment le pied droit qui disparait. Elle le retire, il est là, bien vivant au bout de sa jambe. Alors, elle envoie son vélo rouge à panier en reconnaissance. Il disparait et ne revient pas. Elle cherche avec sa main à travers le néant. Elle ne voit plus ni main ni vélo.

Elle s’élance dans un élan bondissant pour braver la crainte et ne voit plus rien, ni elle-même, ni le sol, ni rien. Elle avance doucement avec la sensation d’être dans le vide. Elle fend l’air à petits pas quand brutalement, elle retrouve l’attroupement des grands arbres et son ami la Grande Oreille qui l’attend avec une large ouverture.


Une musique l’enveloppe d’abord douce et caressante, puis vive et enivrante. Son amie lui passe un bandeau devant les yeux. Elle la guide sur un chemin qui donne aux pieds une sensation d’élasticité ferme.

Le son de la musique s’amplifie. Son amie enlève le bandeau. Michette est entourée de Grandes Oreilles. Du creux de leur pavillon s’échappe cette musique qui l’enveloppe. Chacune se meut dans un large mouvement souple. Michette se laisse emporter par la danse tandis que des lampions aux couleurs chaudes s’allument.


Alors que la fête bat encore son plein, la Grande Oreille propose à Michette de la raccompagner. Elle proteste. Mais la Grande Oreille pense à l’inquiétude des parents qui tracent avec la plume de leurs mots le destin du monde. Alors Michette lui emboite le pas.

Avant de traverser la barrière invisible, elle tend les petits cailloux blancs qu’elle avait ramassés :

« A mercredi », dit-elle en faisant un bisou sur le bord gauche de la Grande Oreille.

 

 

 


 Oreille.jpg

 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 21:04

 

 

 

 

… Le mercredi suivant, Michette arrive au Parc avec sa maman seule. S’en aller sur la pointe de ses pédales, incognito, va être beaucoup plus difficile.

Michette s’assied à côté de sa maman et, l’air soucieux, réfléchit.


« Qu’as-tu, Michette, ton amoureux ne veut plus de toi ? »

« Ça va » répond Michette se demandant pourquoi les mamans posent des questions farfelues.

Assise sur le banc, Michette balance ses jambes à tour de rôle. Le haut de son front la chatouille, signe caractéristique de la couvaison d'une idée. Un petit rire amusé agite sa bouche rose. Ses yeux verts d’eau se plissent sur un éclat espiègle.

« J’ai besoin d’aller faire pipi ».


Cela fait un an que sa maman a décidé qu’elle était assez grande pour aller se cacher seule dans les bois. Michette n’aime pas ça. Elle a un peu peur. Il fait presque noir sous les grands arbres. « Tu exagères, Michette. Il ne fait pas noir. » Et parfois, il y a des ronces qui s’accrochent aux jambes. Elles refusent de se coucher par terre. elles font des balafres rouges qui font mal aux jambes.


« Je t’accompagne si tu veux. » dit maman.

« Non, non. Je suis grande maintenant. » répond Michette qui ne comprend goutte aux revirements des adultes.


Elle jette un coup d’œil sur son vélo rouge à panier. Ce serait trop dur de le faire passer par le bois. Et puis maman ne serait pas d’accord. Elle dirait : « Michette, tu fais n’importe quoi ! Laisse ce vélo ici. »

Il ne s’agit pas d’attirer son attention. Elle a plongé son nez dans un petit livre gris et vert, le traité raisonnable et rationnel de gestion citoyenne optimale. Sur le banc, il y a le Petit Dictionnaire d’économie politique. Elle tient un crayon dont elle souligne de temps en temps des passages. « J’ai encore oublié mon carnet. Je vais être obligée de reprendre tout à la maison. Si c’est pas bête. »


Michette s’avance d’un pas résolu vers le bois. Sa mère est très occupée. Plus c’est compliqué et sérieux, plus elle a l’impression de faire quelque chose d’important. Le champ est libre. Sa maman ne va pas se rendre compte rapidement de sa disparition.


Michette sursaute en entendant la voix de sa mère : « J’ai pris des madeleines pour ton goûter ! ». Michette pénètre dans le bois, fébrile. Sa mère va-t-elle  trouver un autre prétexte pour la rappeler ? La fillette s’enfonce entre les grands arbres dont la pénombre se fait, pour cette fois, protectrice. Elle sort du bois une cinquantaine de mètres plus loin, après un tournant du chemin qui la rend invisible.

Elle suit le chemin en galopant, le nez vers le sol, cherchant les petits cailloux blancs qui lui indiqueront la direction de la barrière invisible et le pays de son amie.

Elle arrive à un croisement, hésite « Où je suis passée avec Grande Oreille ? » Elle regarde de droite et de gauche, cherche un point de repère. Etait-elle partie vers la droite du côté où pousse la mousse des arbres ? Vers la gauche où poussent quelques roseaux ? Elle n’en a pas souvenir.

Peut-être bien était-elle partie tout droit.

 

Pourquoi les petits cailloux ne sont-ils pas là devant elle pour lui dire quel chemin prendre ?

 

 

 

 

arbre2.jpg

 

 

 

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 21:02

 

 

 

Elle se balance d’un pied sur l’autre et décide d’emprunter le chemin qui lui fait face. Elle avance lentement, peu assurée. Sur sa droite, s’étend une prairie. Des pâquerettes la jalonnent de points blancs. Michette en cueille quelques-unes et s’asseoit dans l’herbe. Elle effeuille le couplet rempli d’espoir : « Je t’aime, un peu, beaucoup… »

…  « passionnément, énormément » entend-elle.


Elle lève les yeux et contemple avec un grand sourire la Grande Oreille. Elle saute sur ses pieds pour l’enlacer dans ses petits bras. Elle s'écrase le nez contre son amie. Ses bras sont un peu courts. Un coup de rire la secoue tandis que son amie egrène quelques notes claires. Un gros soupir échappe à Michette. Elle ne sait pas bien si elle est soulagée parce qu’elle a eu un petit peu peur de se perdre, une grosse peur de ne plus jamais revoir son amie, une très grosse peur de croire qu’elle ne l’avait jamais rencontrée.


« Ouf que t’es là ! » dit-elle dans un murmure. La grande Oreille glisse un son de flûte traversière très doux. Les yeux de Michette se mettent à briller. « Encore » dit-elle.

Un staccato joyeux dévale en trilles : « Tu as eu peur, dit la Grande Oreille. Excuse-moi. Je voulais venir plus tôt. Nous avions une réunion de grande importance et je n’ai pas pu partir à temps pour déposer les cailloux avant ton arrivée au Parc. Mais maintenant nous sommes ensemble. Tout va bien. »

 


Elles partent ensemble jusqu’à la barrière invisible qu’elles traversent l’une à côté de l’autre. Michette tenant le lobe de la Grande Oreille. Elle sent sa texture tandis qu’elles ne se voient plus. C’était une sensation étonnante. Une respiration ténue sous ses doigts.


Les grands arbres. Une lumière particulière teinte le ciel. 


« Le ciel est drôle, dit Michette.

- Le ciel s’accorde avec la qualité des évènements majeurs de notre pays. Ce moment est heureux. 

- Pourquoi ?

- Tu es là. Personne du pays des humains n'a jamais traversé la barrière avant toi.

...

- Peut-être vas-tu nous aider.

- Pourquoi faire ?

- Le monde est malade, Michette.

- Mais je ne suis pas docteur. D'ailleurs, un docteur du monde, ça n'existe pas !


La Grande Oreille émet une cascade de notes gaies. C’est bon la légèreté des enfants. 

- Je t'expliquerai comment on prend la température du monde. La Grande Oreille bleue te racontera les larmes du ciel. La Grande Oreille Zéphir te parlera des colères du vent. La Grande Oreille Froide te racontera les glaces des pôles.

 

Michette ouvre de grands yeux. Les notes de musique de la Grande Oreille l'envoûtent. Elle s'endort appuyée contre elle.

 

La Grande Oreille  développe le fil de ce qu'elle a à transmettre :

- Les hommes sont devenus des sorciers !

Ils ne savent plus nourrir la terre. Ils lui donnent des potions toxiques. Ils la  remuent avec violence, espérant tirer plus d'elle. Cela tue la vie qui l’habite.

Elle devient désert.

 

La Grande Oreille évoque longtemps la maladie de la terre. Michette dort calmement. Ses yeux par instant sont remués de mouvements sous les paupières.

 

Moi, j’aime bien les écureuils. Un sourire passe sur les lèvres de la petite fille.

Elle se rendort.

 

La Grande Oreille bleue, La Grande Oreille Zéphir, puis la grande Oreille Froide se relaient au chevet de l'enfant des hommes.

Elles lui parlent des remèdes.

 

Au dizième jour, Michette se tient devant la barrière. Le quatuor des Oreilles l'accompagne jusqu'à la limite invisible. La Grande Oreille traverse l'espace avec elle.

 

Elle la regarde partir en courant vers les grands arbres de la forêt.


 

 

 

 

Pourtalès

 

 

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Published by l'oeil qui court - dans Nouvelles et histoires
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